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23 October

L'homme assis

 
 
 
 
 
 
 
"Il y a une seule chose que j'aime par-dessus tout, c'est chanter ; et par-dessus tout, je déteste ce qui est faux. Pas ce qui est faux comme "deux et deux font cinq", non. Je veux dire ce qui est faux comme quand on chante faux. Faux comme lorsque les parents claironnent sur un ton enjoué : " C'est l'heure d'aller se coucher ! ", alors qu'ils veulent juste rester entre grands. Si un enfant hurle et tape du pied, il n'est pas "fatigué", comme on le dit toujours. C'est faux, il est furieux. Quand on me reproche de ne pas avoir dit "Merci Madame" pour le chocolat, c'est faux, parce que j'avais dit merci avec les yeux, et j'ai vu que la dame avait compris. Ces choses là arrivent tout le temps."
 
 
L'homme Assis, Ayyam SUREAU, L'école des Loisirs

Alain, Pierre, Maurice, né et décédé le 23 octobre 1964

 
 
 
Cher Alain,
 
Aujourd'hui est un jour très particulier, parce que c'est la première fois que je t'écris. Non pas que je n'en ai pas eu envie auparavant, mais parce que je ne savais pas comment te parler. Je ne trouvais pas les mots.
 
C'est difficile de trouver les mots pour parler à une personne que l'on n'a pas connue, et qui pourtant occupe une place dans votre vie depuis que vous êtes en âge de comprendre.... de comprendre qu'avant vous, il y a eu un autre enfant, né comme vous de vos parents, mais disparu. Car comprendre cela, c'est aussi prendre conscience qu'un enfant peut mourir... et peut-être aussi que vous pouvez mourir... C'est s'élever contre l'injustice de la vie enlevée à un petit être, contre la peine à perpétuité pour sa famille, contre le manque, la sensation d'abandon, la solitude, le vide laissé.
 
Oh, Dieu, pour permettre l'agonie d'un petit enfant, où regardes-tu ?
 
C'est aujourd'hui ton anniversaire. Celui de ta naissance, ce matin à 5h40, mais aussi celui de ta mort, tout à l'heure, à 19h30. Tu n'auras eu que quatorze petites heures pour connaître l'amour des tiens, aussitôt donné, aussitôt repris... Quatorze heures pour que je ne sois pas l'unique enfant de nos parents... Née après toi, je ne t'ai jamais vu, je n'ai connu que ton ombre, ressenti ta présence, vécu dans ton idéal. Je ne sais pas quel rôle tu aurais joué dans ma vie si tu avais été là, je sais simplement qu'elle aurait été différente, marquée par ton empreinte de frère aimant et aimé, malgré le handicap.
 
Je ne sais pas si je t'écrirai une autre fois. Si mes paroles peuvent t'atteindre là où tu reposes, je veux simplement que tu saches que tu m'as toujours manqué, que tu me manques aujourd'hui, et que tu me manqueras tous les jours jusqu'au dernier des miens.
 
Aujourd'hui comme hier et demain, je t'aime, Alain, parti en cendres le 24 octobre 1964 ...
 
Nelly, ta petite soeur
 
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21 October

Cantique à Elsa - la Constellation

 

 

Cantique à Elsa – La Constellation

……….

Voici le ciel pays de la louange énorme

C’est de tes belles mains que nage la clarté

Etoile mon étoile aux doigts de chloroforme

                                               Comment veux-tu que je m’endorme

Tout me ramène à toi qui m’en semble écarter

 

En parlant de tes mains comment se peut-il faire

Que je n’en ai rien dit moi qui les aime tant

Tes mains que tant de fois les miennes réchauffèrent

                                               Du froid qu’il fait dans notre enfer

Primevères du cœur promesses du printemps

 

Tes merveilleuses mains à qui d’autres rêvèrent

Téméraires blancheurs oiseaux de paradis

Et que jalousement mes longs baisers révèrent

                                               Automne été printemps hiver

Tes mains que j’aime tant que je n’en ai rien dit

 

Les secrets de ces mains au-delà de notre âge

Mènera les amants qui parleront de nous

Mais qu’est un beau soleil à qui n’a vu l’orage

                                               Sans le désert qu’est le mirage

On sait un pays grand lorsqu’il est à genoux

………………

 

 

 

Cantique à Elsa (Extrait)

 
 

Cantique à Elsa – Ouverture

Je te touche et je vois ton corps et tu respires

Ce ne sont plus les jours du vivre séparés

C’est toi tu vas tu viens et je suis ton empire

                                               Pour le meilleur et pour le pire

Et jamais tu ne fus si lointaine à mon gré

 

Ensemble nous trouvons au pays des merveilles

Le plaisir sérieux couleur de l’absolu

Mais lorsque je reviens à nous que je m’éveille

                                               Si je soupire à ton oreille

Comme des mots d’adieu tu ne les entends plus

 

Elle dort Longuement je l’écoute se taire

C’est elle dans mes bras présente et cependant

Plus absente d’y être et moi plus solitaire

                                               D’être plus près de son mystère

Comme un joueur qui lit aux dés le point perdant

 

Le jour qui semblera l’arracher à l’absence

Me la rend plus touchante et plus belle que lui

De l’ombre elle a gardé les parfums et l’essence

                                               Elle est comme un songe des sens

Le jour qui la ramène est encore une nuit

……………

 Louis ARAGON - Les yeux d'Elsa

 
 
 

Il faut aimer

 
 
J'ai été invitée à dîner hier soir chez mon amie Nathalie, à laquelle je rendrai hommage dans un prochain billet. Elle m'a présentée à l'un de ses amis, Patrick, et nous avons évoqué différents thèmes au cours de la soirée, parmi lesquels l'art, l'estime de soi et l'amour.
Patrick m'a offert cette citation du peintre Claude Monet, qui m'a particulièrement touchée, probablement parce qu'elle s'inscrit dans un contexte particulier de ma vie, un tournant dans ma vie affective.
 
 
" Tout le monde parle et prétend comprendre, comme s'il fallait comprendre, alors que simplement, il faut aimer." 
 
Claude Monet, Peintre
 
 
Merci Patrick

je tombe je tombe je tombe

 
 
 
Je tombe je tombe je tombe
Avant d'arriver à ma tombe
Je repasse toute ma vie
Il suffit d'une ou deux secondes
Que dans ma tête tout un monde
Défile tel que je le vis
Ses images sous mes paupières
Font comme au fond d'un puits les pierres
Dilatant l'iris noir de l'eau
C'est tout le passé qui s'émiette
Un souvenir sur l'autre empiète
Et les soleils sur les sanglots
O pluie O poussière impalpable
Existence couleur de sable
Brouillard des respirations
Quel choix préside à mon vertige
Je tombe et fuis dans ce prodige
Ma propre accélération
 
Louis Aragon, Le Roman Inachevé

Il n'aurait fallu

 
 
 
 
Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne
 
Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l'immense été
Des choses humaines
 
Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie
Un grand collier d'air
 
Rien qu'un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins une rosée
Contre mon épaule
 
Un front qui s'appuie
A moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers
 
Un tendre jardin
Dans l'herbe ou soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l'ombre douce
 
Louis Aragon, Le Roman Inachevé
 
18 October

Le Jeu des Chaises Musicales

kandinsky29Le Jeu des Chaises Musicales

 

Connaissez-vous le jeu des Chaises Musicales ?

Le maître du jeu installe en rond un certain nombre de chaises, inférieur d’une unité au nombre de participants, puis fait jouer un morceau de musique. Lorsque bon lui semble, il arrête cette musique, et les participants doivent s’asseoir le plus rapidement possible sur une chaise. Il n’est pas possible de prendre place à deux sur une chaise, de sorte qu’une personne reste debout. Elle quitte alors le jeu, et l'on retire une chaise pour le tour suivant.

La musique repart de plus belle. Le jeu se poursuit jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une chaise… pour deux ...

 

 Nous évoluons dans un vaste jeu de chaises musicales. Nous sommes tous dans une quête permanente d’un bien matériel, d’un travail, d’un amour… et quel que soit le domaine, l’offre est toujours plus réduite que la demande. Alors dans cette poursuite inégale, il en reste toujours parmi nous qui restent debout à chaque tour, qui ne trouveront pas  le bien convoité, l’emploi désiré, l’amour attendu… et plus nous sommes nombreux, plus les inégalités sont évidentes et cruelles, plus le jeu se resserre, et plus il y a de monde qui reste debout, faute d’avoir trouvé la chaise pour s’asseoir… Certains seront un jour suffisamment rapides, ou n’hésiteront pas à tricher ou bafouer les règles du jeu pour obtenir leur chaise. Ils sauront alors saisir ce qu’ils appelleront  une opportunité...

La société dans laquelle nous vivons, mercantile, égocentrique, tournée non vers l’ouverture à l’autre, mais vers la satisfaction de soi, crée un environnement de perpétuelle frustration. Frustration de ne pouvoir obtenir ce que l’on convoite, de ne pouvoir atteindre le but fixé, de ne pas trouver la personne avec laquelle partager sa vie. Car oui, même l’amour est assimilable à une denrée, puisqu’il devient possible de choisir les individus selon des profils précis et pré établis. Qui ne correspond pas au profil, n’est pas aimable… Même les rencontres ne sont plus naturelles… De la même manière que l’on choisit un bien corporel selon un certain nombre de critères, il devient possible de dresser un portrait technique de la personne idéale à nos yeux. D’où les désillusions qui s’en suivent, et à nouveau les frustrations… Entrer à nouveau dans le jeu… s’asseoir, ou rester debout ?...

Les temps ne sont plus au hasard, mais au choix. Nous sommes trop occupés à trouver notre chaise pour prendre encore le temps de regarder l’Autre, de l’apprécier, d’apprendre à le connaître… et si pendant ce temps là, nous laissions passer un ou deux tours dans le jeu des chaises musicales ?...

Nous sommes entrés dans l’ère du Tout-Consommable,  Du Tout-Tout-De-Suite et du Chacun-Pour-Soi .  Et que se passera-t-il si la musique s’arrête... pour de bon ... ? 

 N.

 

Aimer, c'est trouver sa richesse hors de soi...

L´amour est-il égoïste ?

" Tout amour est de quelque chose que l'on n'a pas en soi. Aimer, c'est trouver sa richesse hors de soi, je dis sa richesse intime, non sa parure ; et comme c'est de soi qu'on aime, ce n'est pas soi qu'on peut aimer. On aime l'image de soi que se font les autres, en ce sens que cette image, si elle est aimable, rend la société agréable et sûre. Mais cette image n'est point moi ; aucun objet, aucune chose n'est moi. Je, c'est le sujet, ce n'est pas l'attribut. Là-dessus aucune parure ne tient. Ce que je fais, cela seul est de moi ; mais en moi il n'en reste rien ; compter sur l'habitude et sur le talent c'est compter sur les autres ; il ne reste en moi que le courage ; mais encore faut-il le faire et le porter ; dès qu'il est objet, dès qu'on voudrait l'aimer, il n'est plus. Si le souvenir console un peu, il est une charge aussi, s'il est beau. J'ai pensé souvent à ce musicien qui, après quelques oeuvres de grande beauté, ne trouva plus rien de bon ; sans doute mit-il tout son génie à se condamner ; il mourut fou. Peut-être est-il sage de prendre un peu de vanité, mais sans s'y donner, comme on prend le soleil à sa porte. "

ALAIN
81 chapitres sur l'Esprit et les Passions, Livre V, Chap. IV,
in Les Passions et la Sagesse
coll. La Pléiade, pp. 1119-1200


17 October

Une amitié extraordinaire

 

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Une amitié extraordinaire

 

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 Camille et Chloé se connaissent depuis maintenant 5 ans. Chloé a été la première amie de Camille, son premier contact extérieur à la famille. Consciente de sa supériorité physique sur les autres enfants de son âge, elle protégeait Camille enfermée dans son syndrome d'autisme. Quant à Camille, elle défendait Chloé par la parole, surprenant alors tout à chacun par la fluidité de sa verve,  tant il était rare qu'elle s'exprimât. Leurs différences respectives les ont réunies.

Aujourd'hui, Chloé a écrit dans son Journal intitulé : " Les Secrets de Chloé " :

" Seule Camille aura le droit de tout lire dans ce livre. Camille, elle habite au Royaume des Nuages".

Leur amitié est un hymne à la différence.

Pour cela, vous êtes uniques

Tous trois frères et sœurs, et pourtant si absolument uniques, unis par les gènes, mais si résolument soi…

Je t’aime, Toi, Camille, ma grande fille, mon aînée, toi qui a fait de moi une mère pour la première fois. Il n’est pas de plus beau cadeau que celui-là. J’ai su très tôt que tu portais une différence, et qu’avec elle, tu devrais apprendre à vivre le mieux possible, dans un univers standardisé, comme j’ai du apprendre à le faire avant toi. Tu n’entreras jamais dans l’un de ces moules construits par les hommes pour enfermer d’autres hommes. Camille, ma grande fille,  tu es fontaine d’empathie, de justice, de gentillesse, de partage.

Pour cela, tu es unique.

 

Je t’aime, Toi, Mathis,  mon fils unique. Unique, parce que tu es mon seul fils. Unique, parce que tu me soutiens tous les jours, dans la joie comme dans la peine, dans le bonheur comme dans les difficultés. Tu lis en moi à livre ouvert, et je ne peux te mentir, même quand parfois, il le faudrait pour te mettre à l’abri d’évènements trop lourds pour un petit garçon.  Alors tu t’improvises gardien de mes émotions, tu te qualifies toi-même « d’homme de ma vie »… Je te dis aujourd’hui qu’aucune femme ne t’aimera plus que moi.

Pour cela, tu es unique.

 

Je t’aime, Toi, Sacha, ma benjamine, toi qui es mon bébé d’amour, mon petit cadeau du ciel. La troisième pierre d’un édifice qui ne devait en compter que deux… quelle joie ce fut pour moi de savoir qu’il y aurait encore une naissance à la maison,  encore une vie à accueillir… Vive comme la flamme, toujours gaie, rayon de soleil qui illumine tous ceux qui te connaissent… Ta soif d’indépendance, ton imagination débordante, la vivacité de ton esprit, ta joie de vivre permanente te rendent aussi savoureuse que la plus douce des friandises.

 Pour cela, tu es unique.

 

Il est une chose que vous faîtes si bien tous les trois : Vous dispensez autour de vous l’Amour  en  abondance, un Amour sans condition, par delà les préjugés, les jugements de valeur, ou les jugements sans valeur… et votre amour a pour moi le goût de l’absolu. Jamais vous  ne vous  lassez de me rappeler cet amour que vous offrez sans mesure, sans calcul.  Vous le donnez en entier,  inconscients des formules mathématiques que les adultes appliquent même à leurs sentiments, pour ne pas en donner trop peu, et surtout, ne pas en donner trop…

Pour cela, vous êtes uniques.

 

L'Eau et l'Encre

 
" Regarde comme cette encre est belle, dit le vieux peintre. Tu comprends maintenant pourquoi il me fallait de l'eau claire ? L'eau, c'est la clarté du jour et le blanc du papier. Le noir, c'est le velours de la nuit et l'encre du pinceau. Si tu sais faire ton encre, tu n'auras plus jamais peur des cauchemars..."
 
F. PLACE, Le Vieux Fou de Dessin, 1997
7 October

Faire de chaque jour une petite vie aussi complète que possible

Faire de chaque jour une petite vie aussi complète que possible

 

Ne te retourne pas sur les empreintes que tu as laissées derrière toi, car tu ne peux les effacer. Apprends à supporter la douleur de l’échec, à défaut de l’accepter. Avance en regardant toujours plus loin devant, et en faisant de ton mieux pour ne faire de mal à personne.

Si l’on te blesse, ne reste pas dans l’indignation, mais tente de trouver le chemin de la tolérance, à défaut d’atteindre celui du pardon.

Profite de chaque minute, chaque seconde, comme s’il s’agissait des dernières. Vis-les pleinement.

Savoure chaque moment passé avec ta famille, avec un ami, un inconnu, chaque échange, chaque pensée. Apporte humblement ta contribution : parle, mais surtout, apprends à écouter.

N’apporte conseil que si on te le demande. Mais prodigue beaucoup d’empathie et d’attention. Reste modeste, et n’oublie pas que chacun ne possède pas les mêmes atouts que toi.

Protège toi, aies de la considération pour toi-même, garde en toi suffisamment de confiance. Apprends à t’aimer : ainsi pourras-tu aussi donner de l’amour autour de toi, et en recevoir.  

Emerveille-toi  devant la nature. Prends le temps d’écouter le chant d’un oiseau, de sentir une fleur, de regarder  l’océan, d’apprécier la caresse du vent sur ton visage, la chaleur du soleil sur ton corps, de laisser glisser tes doigts sur l’écorce d’un arbre comme sur  la peau de l’être aimé.

La clepsydre se vide impitoyablement : ne gaspille pas le temps en inertie ou en éparpillements stériles.

Et surtout, prends conscience et remercie tous les jours  pour ce miracle : ton existence

3 October

Mère et Fille (1) - A toi, Camille

A Camille, qui a fait de moi une mère ce lundi 30 novembre 1998, donna à ma vie un sens que je n'aurais jamais imaginé. Ma petite fille, avec ta différence, qui te distingue de toute autre... toi mon unique, mon soleil, ma semblable...
 
 
" Voir son premier enfant, c'est vivre un moment unique. Les hommes ont d'autres sommets à gravir, mais il n'est pas de miracle qui puisse se comparer à celui-là. Il se produit sans cesse, depuis toujours, dans des chambres qui sentent le renfermé, dans les palais, dans les grottes, dans le désert. Je vis ce petit être emmitouflé... et je sus que ce n'était pas moi qui l'avais créée. Elle existait à part entière. Il lui faudrait vivre sa propre vie, accomplir sa propre destinée ; je n'étais pour elle qu'un lieu de passage vers la terre. Mon travail serait de l'amener à l'âge adulte et de lui faire prendre son départ."
 
Katherine TREVELYAN
 
 
 
"Alors, quelqu'un la mit dans mes bras. Elle me regarda. Elle cessa de pleurer. Son regard me transperça. Sa douceur, son intensité venaient de forger un lien entre nous."
 
Shirley MacLaine
 
 
"Il y a tant de choses que je peux lui apprendre et que je peux découvrir avec elle. Bien sûr, il peut arriver que l'on n'y parvienne pas, mais il ne faut jamais s'avouer vaincu. Je lui apprendrai à aimer très fort, à rire beaucoup des choses les plus simples, et à avoir beaucoup de sérieux. Je lui apprendrai à aimer la vie ; je sais que j'y arriverai. "
 
Maya ANGELOU
 
 
"Ensuite, le bébé naît et votre vie change plus que vous ne l'auriez imaginé. Vous découvrez qu'il vous a soudain poussé des antennes invisibles qui frémissent à chaque variation de la température, à chacune des moindres expressions de votre fille. Personne ne vous a dit que vous avez changé pour de bon, que vous souffrirez à chaque douleur, à chaque perte, à chaque refus qu'elle connaîtra, à chaque méchanceté qu'on lui fera, tout au long de sa vie.
 
Annelou DUPUIS
17 September

No Woman's Land

No woman's land"
note: auteur inconnu, manuscrit trouvé dans une église de Baltimore
Ce texte m'a été offert par un Ami très cher. Merci Pierre, pour ce cadeau 
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Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte
Et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence
Sans aliénation, vivez autant que possible en bons termes avec toutes personnes
Dites doucement mais clairement votre vérité
Écoutez les autres, même les simples d' esprit et les ignorants
Ils ont eux aussi leur histoire
Évitez les individus bruyants et agressifs
Ils sont une vexation pour l' esprit
Ne vous comparez avec personne
Il y a toujours plus grand et plus petit que vous
Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements
Ne soyez pas aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe
Soyez vous-même
Surtout n' affectez pas l' amitié
Non plus ne soyez cynique en amour
Car il est en face de tout désenchantement aussi éternel que l'herbe
Prenez avec bonté le conseil des années
En renonçant avec grâce à votre jeunesse
Fortifiez une puissance d' esprit pour vous protéger en cas de malheur soudain
Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères
De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude
Au-delà d' une discipline saine, soyez doux avec vous-même
Vous êtes un enfant de l' univers
Pas moins que les arbres et les étoiles
Vous avez le droit d' être ici
Et qu' il vous soit clair ou non, l' univers se déroule sans doute comme il le devait
Quels que soient vos travaux et vos rêves
Gardez dans le désarroi bruyant de la vie, la paix de votre coeur
Avec toutes ses perfidies et ses rêves brisés
Le monde est pourtant beau
 
Et... tâchez d' être heureux !
 
 
12 September

De la difficulté d'aimer

Il n’est rien de plus difficile, de plus douloureux, de plus affligeant, que de se trouver impuissant devant la détresse d’un être aimé.

Je n’ai pas su aimer mon père comme il aurait voulu être aimé. Je n’ai pas été le garçon manqué qui lui a tant fait défaut, celui avec lequel  il aurait sauté en parachute, pratiqué la boxe et chevauché une moto puissante. Je n’ai pas su guérir la blessure laissée par son fils décédé. Je n’étais qu’une petite fille plutôt chétive, qui manquait d’assurance, et dont le cœur était trop petit pour contenir les chagrins d’un homme. Il a dû porter seul le poids de ses erreurs, de ses errances. Je n’ai pas su l’empêcher de tenter de quitter ce monde, et c’est  moi qui ai trouvé ce qui aurait du être son dernier témoignage. J’avais 14 ans. Grâce à Dieu, il est toujours en vie, handicapé, mais toujours là. Je ne sais que lui dire combien notre famille a souffert de cet acte. Le lui reprocher. Je n’ai pas encore trouvé la force de le lui pardonner. Y parviendrai-je un jour…. ?

Il n’est rien de plus difficile, de plus douloureux, de plus affligeant, que de se trouver impuissant devant la détresse d’un être aimé.

J’ai rencontré un grand amour, et j’ai peur que l’histoire ne recommence. Lui aussi est un homme blessé, meurtri par les difficultés de la vie, un mal d’exister qui l’a toujours sournoisement accompagné. Et lui aussi porte la charge de ses fautes. Comme nous tous. Et comme nous tous, il a droit au bonheur. J’ai peur pour lui, j’ai peur de ne pas savoir l’aimer comme il doit être aimé, de ne pas être capable de lui montrer ma confiance en lui. J’ai peur d’être égoïste, de ne plus voir que mon bonheur, jusqu’à en oublier le sien. Aurai-je  le courage et la patience de lui donner envie de vivre encore, de vivre plus loin, de s’accepter lui-même pour ce qu’il est ? De saisir la main que je lui tends, modestement, et que je lui offre comme un don ? Lui qui se fait tant de reproches, aura-t-il la force de regarder devant, vers l’avenir ?  Et moi, pourrais-je lui insuffler  l’énergie et l’amour nécessaires à sa guérison ?

Il n’est rien de plus difficile, de plus douloureux, de plus affligeant, que de se trouver impuissant devant la détresse d’un être aimé….

  

10 September

Fatalité

La fatalité veut que l'on prenne toujours les bonnes résolutions trop tard. (Oscar Wilde) 
9 September

Etat des Lieux

« Mauvaise journée. Journée mise au point avec soi-même. Etat des lieux.

Mauvaise nuit. Cernes sous les yeux. Teint brouillé. Bon, on va essayer de faire quelque chose avec les flacons, les tubes et autres conditionnements qui trainent dans l’armoire de la salle de bain. Mais il y en a pour un moment. Je prends ma douche, chaude, et je réfléchis. Je ne me reconnais plus. J’ai vendu mon âme au diable. Je ne sais plus qui je suis, à quoi je ressemble. Je me sens vide. Je manque de tout , d’amour, d’affection, de tendresse. Je suis comme une femme à la mer. Je vois quelques personnes qui me tendent une main que je ne parviens pas à attraper. Je regarde un homme, seul, à l’écart des autres , que mes yeux ne parviennent pas à quitter.  Il est là, debout, il me regarde m’éloigner, sans tendre sa main. Alors je  croise son regard si bleu. Son visage est fermé, il voudrait mais il ne parvient pas à faire un geste vers moi. C’est le seul qui voudrait vraiment, il souffre, se désespère, se désunit, mais il vit sa propre lutte intérieure… Sauver ma vie mettrait la sienne en danger, je pourrais l’entraîner au fond… peut-être … Je le regarde, j’ai oublié d’attraper une main, j’ai sombré. Je n’entends plus rien, je ne vois plus rien…

J’ouvre les yeux, je suffoque sous la douche, j’ai oublié un moment de respirer. … revenir dans le vrai monde.

Pourri le vrai monde. Plein de gens qui vivent ensemble sans se voir, sans faire attention les uns aux autres, sans la conscience que chacun d’entre nous est précieux, et qu’il convient d’y faire attention.  Un vaste métro où les gens se croisent rapidement sans se voir vraiment,  nauséabond, sale, avec de temps en temps, une station remise à neuf. Mais qui ne le reste pas toujours longtemps. Toute sa vie, on séduit, on vit, on admire, on aime, on utilise, on manipule, on joue avec les gens, puis on les quitte, on les oublie. Lorsqu’ils reviennent à notre mémoire, on les en chasse d’un revers de main, parce que leur présence dans notre esprit nous est insupportable. Elle nous renvoie à notre propre image, à nos erreurs, nos manques de discernement, nos faiblesses, nos errances. Elle nous jette à la figure nos imperfections, et il faut vivre avec, sous peine de renier une partie de soi.  On est tous un jour celui qui souffre ou celui qui fait souffrir. Ou qui a fait souffrir, mais dont le souvenir ne s’effacera jamais.

Je sors de la douche, m’enroule dans la serviette chaude, me regarde dans le miroir. Ca ne va ni mieux, ni plus mal. Les poches sous les yeux sont toujours là. Je ne suis pas sûre que le contenu de l’armoire de toilette pourra accomplir des miracles. Pas envie d’un maquillage en trompe-l’œil. Je vais rester chez moi. » 

6 September

Je te regarde, endormi ....

 

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Je te regarde, endormi ....

Je te regarde endormi, une main le long du corps, l’autre au dessus de ta tête légèrement inclinée.  Tes mains... belles comme celles des sculptures de Rodin, aussi douces que du velours quand tu les poses sur moi, soignées comme des mains de femme… Tes longs cheveux adoucissent ton visage aux traits par trop saillants. Ton corps mince, blanc et glabre d’adolescent fait oublier ton âge.  Et ces longues jambes fines et musclées, qui donnent à ta démarche une allure éthérée de danseur …

Je te regarde endormi. Ta respiration est si suspendue que, sans m’approcher, je pourrais croire que la vie t’a quitté. Un léger tressaillement de ta main me rassure. Je m’approche et m’allonge à côté de toi, doucement, pour ne pas t’éveiller. Je m’approche encore, et écoute ton souffle lent et régulier, apaisé. Je respire ton odeur délicate, mélange d’effluves verts et fruités. Je caresse ta peau plus douce que la plus douce des soies d’Orient. Ta beauté irréelle me subjugue. La beauté du Diable …

Je te regarde endormi, et pourtant, comme j’aimerais que tu t’éveilles ! Alors je plonge ma main dans tes cheveux, et les caresse avec une infinie tendresse. Je passe mes doigts entre les longs lacets ondulés, et en suis le cours. Tes paupières tressaillent, et s’ouvrent lentement, laissant apparaître deux agates vertes et mordorées. Ton regard est magique ; je me mire en lui comme la Reine en son miroir. Loin de la Fille que je fus, loin de la Mère que je suis, dans tes yeux je me vois Femme, infiniment Femme… Tu étires ton grand corps majestueux et souple comme félin, et m’offre ton sourire immense et radieux.

Et pourtant,  je sais…

Je sais que quand tes yeux me regardent, ce n’est pas moi que tu vois. Quand tes mains me caressent, ce n’est pas mon corps qu’elles parcourent. Lorsque tu murmures des mots d'amour, ce n’est pas à mon oreille que tes paroles s’adressent. Lorsque tu m’étreins, ce n’est pas moi que tu tiens contre toi… Je ne serai jamais la première de tes dames, mais à tes côtés j’accepte une place subalterne, pour peu qu’en ton regard, je puisse encore exister…

 à H.

5 September

Les défauts de l'Ame

Les défauts de l'âme sont comme les blessures du corps: quelque soin qu'on prenne de les guérir, la cicatrice paraît toujours, et elles sont à tout moment en danger de se rouvrir.

François de la Rochefoucault