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    August 15

    Je vous salue Marie

     
      

            

      Damien SAEZ

    August 14

    Les Oiseaux Déguisés

     

    Louis Aragon

     

    Tous ceux qui parlent des merveilles
    Leurs fables cachent des sanglots
    Et les couleurs de leur oreille
    Toujours à des plaintes pareilles
    Donnent leurs larmes pour de l'eau

    Le peintre assis devant sa toile
    A-t-il jamais peint ce qu'il voit
    Ce qu'il voit son histoire voile
    Et ses ténèbres sont étoiles
    Comme chanter change la voix

    Ses secrets partout qu'il expose
    Ce sont des oiseaux déguisés
    Son regard embellit les choses
    Et les gens prennent pour des roses
    La douleur dont il est brisé

    Ma vie au loin mon étrangère
    Ce que je fus je l'ai quitté
    Et les teintes d'aimer changèrent
    Comme roussit dans les fougères
    Le songe d'une nuit d'été

    Automne automne long automne
    Comme le cri du vitrier
    De rue en rue et je chantonne
    Un air dont lentement s'étonne
    Celui qui ne sait plus prier

     

    Louis ARAGON, Les oiseaux déguisés

     
     
    August 12

    Une vie

     

    Je l’écoute raconter sa vie, cent fois brisée, cent fois rafistolée ; ses espoirs, cent fois perdus, cent fois retrouvés ; ses efforts, cent fois remis sur le métier, cent fois désespérés… une larme coule sur sa joue… cent fois déjà elle a coulé, avant de s’écraser plus bas, sur ses genoux…  Elle ne le console plus. Ses yeux sont tristes, hagards, tristement hagards…  Ils se consument.

    Il a la tête qui tourne, comme son cœur, à l’envers. Il tombe plus bas, toujours plus bas, un peu plus bas tous les jours, entrainé dans la spirale infernale de la mélancolie et de la désespérance, du désespoir et de l’errance… Il est las, si las… Son esprit perd sa clarté. Son corps devient brindille morte.

    Pour lui, le temps est suspendu. L’horloge s’est arrêtée un jour de septembre, et les aiguilles n’ont jamais repris leur course depuis. Elles sursautent sur place sans trouver la force nécessaire pour reprendre le fil de la vie. La vie, comme un jour sans fin, sans faim non plus, sans faim de rien…

    Il a perdu ses repères, petit enfant inabouti, emprisonné dans une citadelle construite de ses mains. Chaque jour qui passe est un rang de plus à ces murs de tristesse qui ne le protègent pas mais l’enferment un peu plus irrémédiablement, à en perdre le sens...

    Il ne sait plus ce qu’est l’amour.

    J'ai peur pour lui. J’ai peur pour mon ami.

     

    N. 12 août 2008

     
    August 06

    La petite Fille de la Gare Saint-Jean

     

    Je suis arrêtée à ce feu rouge à proximité du Pont de la Gare Saint Jean. Une longue file de voitures attend devant moi. C’est souvent ainsi depuis que les travaux ont commencé à la gare.  Tandis que mon esprit se laisse entrainer  par une musique celte, de ces musiques qui vous font voyager dans des univers sublimés par leurs sonorités fantastiques, mon regard se pose machinalement  sur une jeune femme, que dis-je une jeune fille, presque une gamine. Elle se tient là, sur le trottoir sale, ses sandales à talons trop hauts dans la poussière blanche des travaux, adossée à un vieux grillage rouillé : elle attend. L’image est sordide, comme issue d’un vieux polar hors d’âge.  Son visage et son corps trahissent encore les rondeurs de l’enfance. Et ses yeux, ses yeux…. Ils portent comme un anachronisme les stigmates évidents d’une vie qu’elle n’a pas choisie. Elle est là, debout, dans sa robe à fleurs beaucoup trop ajustée, beaucoup trop courte, beaucoup trop tout… Des cheveux coupés au carré beaucoup trop blonds, un maquillage beaucoup trop appuyé, un petit sac à main beaucoup trop doré… Sur ce visage, plus de sourire, plus d’innocence, que de l’inquiétude et de la tristesse…

    Alors je sens en moi gagner la colère. La colère et l’impuissance. Cette jeune fille pourrait être la mienne, pourrait être la vôtre, pourrait être n’importe quelle jeune fille de quinze ans à peine qu’un accident de la vie aurait déposée là, à la merci de la rue, de la poussière et des consommateurs.

    Soudain la file de voitures s’ébranle. Le feu vient de passer au vert. Et les voitures démarrent laissant là, sur ce morceau de trottoir anonyme, un lambeau d’enfance abandonné.

     

    N. 23 juillet 2008

     
     
    August 04

    Quand la conscience s'éveille - 2

     

    La dépendance

    Mais que veut dire dépendre psychologiquement –ou émotionnellement- de quelqu’un d’autre ? Cela veut dire que l’on dépend d’un autre être humain pour être heureux.

    Pensez-y bien. […] Parce que si vous dépendez de quelqu’un d’autre […] c’est que vous n’allez pas tarder à exiger de cet autre qu’il vous apporte le bonheur. Puis il y aura une autre étape : la peur, la peur de perdre, la peur d’être repoussé, la peur d’être rejeté, et un contrôle mutuel. L’amour authentique chasse la peur. Lorsqu’il y a amour authentique, il n’y a ni exigence, ni attente, ni dépendance. Je n’exige pas que vous me rendiez heureux, car ce n’est pas en vous que mon bonheur repose. Si vous me quittiez, je ne me sentirais pas triste : j’aime énormément votre compagnie, mais je ne m’y accroche pas.

    Je jouis de cette compagnie sur une base libérée de tous liens. Ce dont je jouis vraiment n’est pas vous, c’est quelque chose qui vous dépasse et qui me dépasse. C’est une sorte d’orchestre qui joue une mélodie en votre présence, mais qui ne s’arrêtera pas de jouer si vous partez. […]

    C’est de cela qu’est fait le réveil. (p. 71-72)

    […]

    Quelqu’un m’a dit un jour : « Les trois choses les plus difficiles à accomplir pour un être humain ne sont pas de l’ordre de la prouesse physique ou intellectuelle. La première est de transformer la haine en amour ; la deuxième d’inclure les exclus ; la troisième d’admettre ses torts. » (p. 78)

     

    Anthony de Mello ( 1931-1987 ), Quand la conscience s’éveille, Espaces libres, Albin Michel, 2002