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27 June

" Jésus étendit la main et le toucha "

 
 
 " De nos jours, la plus terrible maladie en Occident n'est pas la tuberculose ou la lèpre, c'est de se sentir indésirable, pas aimé et abandonné. Nous savons soigner les maladies du corps par la médecine, mais le seul remède à la solitude, au désarroi et au désespoir, c'est l'amour. Beaucoup de gens meurent dans le monde faute d'un morceau de pain, mais il en meurt bien davantage faute d'un peu d'amour. La pauvreté en Occident est une autre sorte de pauvreté ; ce n'est pas seulement une pauvreté de solitude, mais aussi de spiritualité. Il existe une faim d'amour comme il existe une faim de Dieu. "
 
Térésa de Calcutta - A simple Path - Plon, 1995


26 June

Les personnes extraordinaires - 1

 

Citer

J'ai peur du noir
 

« Les personnes extraordinaires »

 

Lorsque je lis le poème que ma fille a écrit, je prends conscience de l’étendue de sa souffrance dans son handicap, « enfermée entre deux placards » au plus fort de son autisme. Non pas que je l’aie ignoré jusqu’ici. Comment l’aurais-je pu, moi, sa mère ? Mais jamais elle ne l’avait exprimé à ce jour d’une manière aussi limpide.

Et puis, il y a cet espoir, mon espoir, cette « liberté » retrouvée, ce soulagement. Non, Camille, ce n’est pas un miracle. C’est ta réussite, ton dépassement. C’est ta victoire.

Savez-vous comment on appelle les personnes handicapées au Canada ? On dit : « les personnes extraordinaires »… Camille est ma petite fille extraordinaire…

J’ai peur du noir

 

Quand notre cœur crie « j’ai peur »

Quand on a peur du noir

Qu’on est coincé entre deux placards

On se dit des tas d’histoires.

 

Quand on est coincé et qu’on a peur

On crie et on appelle

On essaie de faire tout ce qu’on peut

Même essayer de tout défoncer

 

Quand notre cœur crie « j’ai peur »

Quand on a peur du noir

Et qu’on est coincé entre deux placards

On se dit des tas d’histoires.

 

Et quand on n’y arrive pas

Qu’on se dit qu’on n’y arrivera jamais

On continue quand même à appeler

Et à tout défoncer

 

Quand notre cœur crie « j’ai peur »

Quand on a peur du noir

Et qu’on est coincé entre deux placards

On se dit des tas d’histoires.

 

Et quand vous croyez que quelqu’un vous entend

Vous êtes soulagé, vous frappez encore et encore

Et soudain par miracle je n’ose pas vous le dire

Vous réussissez à vous libérer

 

Quand votre cœur crie « j’ai peur » !

Que vous êtes nez à nez avec un placard

Il suffit de crier « à l’aide » !

Et vous enfuir, vous enfuir, vous enfuir…

 

Camille - 23 juin 2008 - 9 ans et demi

19 June

Jésus de la Cité de la Joie

 

-« Grand Frère Paul, je m’appelle Anouar, annonça-t-il. Il faut que tu me soignes. Tu vois, je suis très malade. – Son regard sombre tomba sur l’image du saint Suaire – Qui est-ce ? demanda-t-il.

-«  C’est Jésus. »

Le lépreux parut incrédule.

-« Jésus ? Non, ce n’est pas possible. Il ne ressemble pas à l’autre. Pourquoi ton Jésus à toi a-t-il les yeux fermés et l’air si triste ?

[…]

-«  S’il a les yeux fermés, c’est pour mieux nous voir, reprit-il. C’est aussi pour que nous puissions mieux le regarder, nous. Peut-être que s’il avait les yeux ouverts, nous n’oserions pas. Parce que nos yeux ne sont pas purs, ni nos cœurs, et que nous avons une grande part de responsabilité dans ses souffrances. S’il souffre, c’est à cause de moi, de toi, de nous tous. A cause de nos péchés, du mal que nous faisons. Mais il nous aime tellement qu’il nous pardonne. Il veut que nous le regardions. C’est pourquoi il ferme les yeux. Et ces yeux clos m’invitent à fermer les yeux moi-aussi, à prier, à regarder Dieu en moi… et en toi aussi. Et à l’aimer. Et à faire comme lui, à pardonner à tout le monde, et à aimer tout le monde. A aimer surtout ceux qui souffrent comme lui. A t’aimer,  toi qui souffres comme lui. »

[…]

-«  Il souffre, dit encore Paul Lambert. Pourtant, il ne veut pas que nous pleurions sur lui. Mais sur ceux qui souffrent aujourd’hui. Parce qu’il souffre en eux. Aussi bien dans leurs corps que dans le cœur des isolés, des méprisés, des abandonnés, et que dans l’esprit des fous, des névrosés, des détraqués. C’est pour cela, vois-tu, que j’aime cette image. Parce qu’elle me rappelle tout cela. »

[…]

-«  Oui, tu es beau, Jésus de la Cité de la Joie, écrira ce soir-là Lambert dans le cahier qui lui servait de journal. Beau comme le cul-de-jatte lépreux que tu m’as envoyé aujourd’hui, avec ses mutilations, ses plaies et son sourire. C’est toi que j’ai vu en lui, toi qui incarnes toutes les détresses. Toi qui a connu Gethsémani, la sueur de sang, la tentation de Satan, l’abandon du Père, la prostration, le découragement, la faim, la soif. Et la solitude.

Jésus d’Anand Nagar, j’ai essayé de soigner ce lépreux. Tous les jours, j’essaie de partager avec les pauvres. Je baisse la tête avec ceux que l’on écrase et que l’on opprime, comme « le raisin au pressoir, et leur jus gicle sur mes habits et j’ai taché mes vêtements. » Je ne suis pas un pur ni un saint, seulement un pauvre type aussi pêcheur que les autres, parfois écrasé ou méprisé à l’égal de mes Frères de la Cité de la Joie, mais avec la certitude au fond du cœur que tu nous aimes. Et cette autre certitude que la joie qui me remplit, jamais rien ni personne ne pourra me la ravir. Parce que tu es vraiment présent ici, au fond de ce bidonville de misère. »

Dominique LAPIERRE, « La cité de la joie », Editions Robert Laffont, 1985 – pages 170 à 172

Je t'attends...

 
 
Je voulais te dire que je t'attends
Et tant pis si je perds mon temps.
Je t'attends, je t'attends tout le temps
Sans me décourager pourtant.
Comme quelqu'un qui n'a plus personne
S'endort près de son téléphone,
Et sourit quand on le réveille
Mais ce n'était que le soleil.

Michel JONASZ

( A toi, qui te reconnaîtras, N.)


15 June

15 juin 2008

 
pere et fils 
 
 

Aujourd’hui est un jour triste. Ce n’est pas un jour de fête. C’est un jour de peine.

La peine que j’ai d’être loin de mon père, si loin, dans l’espace et dans le cœur. Nous ne nous sommes jamais compris. Et plus je vieillis, plus cette incompréhension prend de place. Je redoute le jour où il partira, sans que nous n’ayons réussi à nous rejoindre. Ce jour là peut  être demain. Je ne suis pas le fils qu’il aurait tant voulu, je n’ai pas fait une brillante carrière, j’ai quitté le père de ses petits-enfants… que suis-je d’autre pour lui qu’une grande déception, une immense désillusion ? Jamais il ne me le dira, mais le non-dit est souvent pire que le mal… Alors, je vais lui téléphoner, lui dire « Bonne Fête, papa », comme si nous avions des tonnes de souvenirs partagés, de bons moments de jeux,  de fous rires et de complicité. Je vais lui dire « Bonne Fête », parce que nous sommes le 15 juin, et que c’est comme ça. C’est inscrit au calendrier. Chacun en veut à l’autre de n’avoir pas été à la hauteur de ses espérances, ou du moins, de ce qu’il croit être en droit d’exiger de l’autre en sa qualité de parent ou de progéniture. Nous allons nous parler de choses et d’autres, pour éviter d’aborder l’essentiel, et au moment de raccrocher, aucun ne dira à l’autre simplement  « Je t’aime ». Entre nous, il manquera toujours cet essentiel…

Puis j’irai chercher mes enfants chez leur papa. Pour eux aussi, c’est la Fête des Pères. Ils ont emporté dans leurs bagages les présents préparés avec amour à l’école. Et ils sont heureux de les lui offrir. Mais ce jour leur rappelle aussi que notre famille n’existe plus depuis ce 6 janvier 2006 où elle a violemment éclaté… Il n’y a plus de fêtes de famille, de jour où nous sommes rassemblés tous les cinq autour de la même table.

 Et il n’y en aura plus.

 Jamais.

N. - 15 juin 2008

12 June

Les souvenirs qui nous façonnent

 

Hier, j’ai fait des gaufres. Pour mes enfants et mon ami. Parce que... ça ne se fait pas pour soi, les gaufres, ça se partage.

Je repense à l’époque bénie de mon enfance, où ma grand-mère nous en faisait en guise de repas du soir. Elle nous les servait  avec de la confiture maison et un chocolat chaud au lait de la ferme voisine… ce lait que l’on mettait à bouillir, et au-dessus duquel on relevait la crème. En refroidissant, il produisait une peau épaisse que ma grand-mère et moi nous partagions avec gourmandise…

Je nous revois dans la grande cuisine, rassemblant  d’abord tous les ingrédients sur la grande table pour préparer le battu. La farine, noble fruit de la terre, pas tout à fait blanche, mais plutôt légèrement  bise, avec une bonne odeur de blé. La levure de boulanger, dans son petit rectangle de papier argenté et bleu… Les œufs de la ferme, au jaune bien doré …  Le lait entier, épais, crémeux, odorant, que l’on ajoutait tiède, afin que la levure se mette au travail… Et le beurre à la motte, lentement fondu sur le coin de la cuisinière à bois- surtout pas cuit ! - afin d’en préserver toutes les saveurs. Une pincée de sel, un peu de sucre vanillé…  Et enfin l’eau de fleur d’oranger, dans son précieux flacon  de verre, d’un profond bleu violet,  et dont l’arôme emplissait en un instant toute la pièce… le coup de main de ma grand-mère pour mélanger tous les ingrédients… Puis on laissait « pousser » pendant plusieurs heures, jusqu’à ce que la pâte bien lisse et homogène  ait doublé de volume.

Le moment était alors venu de sortir du placard le gaufrier en fonte, très lourd, emballé  dans un papier journal et un torchon après avoir été soigneusement nettoyé et graissé. La cuisson prenait environ deux heures. L’odeur était merveilleuse, une odeur de gâteau, un parfum de vacances, une fragrance d’amour.

Ces petits moments privilégiés de notre enfance sont les éléments bâtisseurs des adultes  que nous devenons. Ils nous modèlent, ils nous construisent, ils nous façonnent. C’est grâce à eux que nous sommes ce que nous sommes.  Ce sont ces souvenirs, habitants de notre mémoire et de notre cœur, qui font que nos proches sont uniques, et font de nous des êtres uniques. Ils constituent notre héritage, aussi anecdotiques peuvent-ils sembler aux yeux de ceux qui ne les ont pas vécus, et parfois s’étonnent de l’importance que nous leur accordons. 

Alors hier, en préparant les gaufres avec les produits et le matériel d’aujourd’hui , j’ai repensé ma grand-mère, à ce qu’elle était, à ce qu’elle m’a transmis, et j’ai une nouvelle fois mesuré la chance exceptionnelle que j’avais eue de partager vingt années de sa trop courte vie.  Puis, j’ai revu les tartes aux mûres et aux mirabelles que ma fille Camille avait préparées l’été dernier avec ma propre mère, et j’ai espéré que ces tranches de vie trop vite passées laisseraient dans son esprit de petite fille autant de souvenirs et de moments de bonheurs, empilés comme autant de petites briques pour la construire.  

N.  -  9 Juin 2008

10 June

" HALLELUJAH "

 
 
  
7 June

" Une âme qui s'élève élève le monde "

 

«  A la question : « Comment faire pour rendre le monde meilleur ?  », un sage septuagénaire allemand répondait :

-«  A vingt ans, j’étais convaincu de pouvoir radicalement changer le monde et, pendant dix ans, je fus affilié à une organisation internationale. A trente ans, l’expérience m’obligeant à plus de réalisme, je n’ambitionnais plus que le changement de l’Europe. A quarante ans, mes illusions, encore réduites, se focalisèrent sur l’Allemagne. A cinquante ans, je me contentai modestement d’une Province. A soixante ans, je ne dépassais pas les limites d’une ville. A soixante-dix ans, il me devint enfin évident que je devais commencer par ma personne. Cela fait, je changeai mon voisin, qui changea son voisin… »

« Une âme qui s’élève élève le monde », affirme Sainte Thérèse.

Malheureusement, le contraire est aussi vrai et une âme qui s’abaisse abaisse le monde.

Ephata, volume 2, page 1592 – Editions Fayard - 1988