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30 December
Il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe presque rien. Il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde. [ Voyez comme on danse ]
Jean Lefèvre, comte d' Ormesson
Le bonheur, c'est avoir une bonne santé et une mauvaise mémoire.
Ingrid Bergman
J'offre ces deux citations à toutes celles et ceux qui visiteront mon espace ; elles reflètent à elles deux ce que je souhaite à chacune et chacun d'entre vous à l'aube de cette nouvelle année.
24 December
Annonciation à Joseph, Serge NOVAILLAT
Annonciation à Joseph
Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus-Christ.
Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte par la vertu du Saint-Esprit, avant qu’ils eussent habité ensemble. Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle. Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint-Esprit ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ; c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.
Tout cela arriva afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète :
Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils,
Et on lui donnera le nom d’Emmanuel,
Ce qui signifie Dieu avec nous.
Joseph s’étant réveillé fit ce que l’ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme avec lui. Mais il ne la connut point jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus.
Nouveau testament, Evangile selon Matthieu, 1,2
L'Annonciation, Fra Angelico
Annonciation à la Vierge Marie
Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie. L’ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi. Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation. L’ange lui dit : Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera la trône de David, son père. Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n’aura pas de fin. Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? L’ange lui répondit : Le Saint Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. Voici, Elisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. Car rien n’est impossible à Dieu. Marie dit : Je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole ! Et l’ange la quitta.
Nouveau Testament, Evangile selon Luc, 1 23 December
21 décembre
La souffrance peut être reçue soit comme un obstacle, soit elle permet de trouver le moyen de développer le véritable amour. Quand l'autre souffre, si j'aime, j'ai mal avec lui, et avec lui je lutte pour guérir ensemble.
Abbé Pierre , Une année avec l’Abbé Pierre, Une pensée par jour pour mieux vivre, Editions Presses de la Renaissance
21 December
Message de la Nativité
En ces quelques jours qui précèdent la nuit de la Nativité, Camille, Mathis, Sacha et moi-même souhaitons un Joyeux Noël à toutes celles et ceux qui liront ce billet.
Croyants ou non-croyants, Noël est la Fête de l’Amour, du rassemblement, du partage. Alors, demandons-nous si, dans l’effervescence de nos préparatifs, nous n’avons rien oublié… Oh ! Je ne parle pas là des éléments matériels, du repas, du cadeau de dernière minute… mais n’y a-t-il pas autour de nous une personne qui sera seule ce soir-là pour fêter Noël ? Peut-être, le voisin d’en face, ou la dame âgée du troisième étage ? Ou une collègue de travail ? A moins qu’il ne s’agisse d’un parent sans ses enfants, d’un membre de la famille avec lequel ce serait le moment idéal pour effacer un ancien contentieux… et pourquoi pas, un ex-compagnon ou une ex-compagne, seul(e), rien que pour un soir pas tout à fait comme les autres, le soir de Noël…
Il n’est pas encore trop tard pour passer un appel téléphonique, envoyer un message sur un téléphone portable, poster une lettre ou encore, aller frapper à une porte… Mettons dans nos cœurs un peu de légèreté, de compassion, faisons entrer l’Amour sans restriction. Laissons de côté, pour une fois, rencoeur et rancunes, en cette nuit d’espérance, quelles que soient nos obédiences religieuses. Rassemblons-nous, et partageons.
Tel est le message de Noël…
"Noël n'est pas un jour ou une saison, c'est un état d'esprit". (Calvin Coolidge)
19 December
Je suis comme je suis
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j'ai envie de rire
Oui je ris aux éclats
J'aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n'est pas le même
Que j'aime à chaque fois
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi
Je suis faite pour plaire
Et n'y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après
Qu'est-ce que ça peut vous faire
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais
Qu'est-ce que ça peut vous faire
Ce qui m'est arrivé
Oui j'ai aimé quelqu'un
oui quelqu'un m'a aimée
Comme les enfants qui s'aiment
Simplement savent aimer
Aimer aimer...
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n'y puis rien changer.
Jacques PREVERT (Editions Folio)
J’entre dans ma chambre, comme chaque soir, pour me dévêtir, lorsqu’un bruit léger, léger, attire mon attention. J’ai laissé allumée la lumière de la salle de bain, éclairage de fortune, cependant suffisant pour la tâche à accomplir. Le bruissement vient de mon lit, normalement vide, normalement froid, normalement délaissé par un amour parti sans laisser d’adresse. J’y pense un instant…La pensée est furtive, et me quitte comme elle était venue, laissant en moi une immense lassitude…
Je m’approche lentement du lit, silencieusement. Mes pieds glissent sur le sol, comme portés par une paire d’ailes invisibles… Le souffle est à côté de moi, et sous la couette qui tressaille, je distingue le joli visage de ma petite fille. Elle est venue furtivement se glisser entre mes draps froids, soudain devenus les plus chauds et les plus doux du monde par sa simple présence. Elle est là ; ses traits détendus invitent à la paix. Je la regarde. J’aimerais quitter la pièce sans bruit, la laisser dans sa plénitude… mais je ne puis m’y résoudre. Je m’assieds sur le bord du lit, caresse doucement sa joue, ses cheveux, ses petits doigts potelés… Ma main s’envole, que je ne peux retenir… j’ai envie, j’ai besoin de la caresser, de la choyer, de l’embrasser, de la chérir. Je murmure des mots tendres à son oreille. Un sourire furtif éclaire tout à coup sa petite bouche ourlée de jeune enfant. Sa main se pose avec délicatesse sur la mienne, une délicatesse qu’adulte nous perdons, qui n’appartient qu’à l’âge tendre. A nouveau son visage se détend, sa respiration se fait calme et apaisée, ses petits doigts s’étendent sur le drap… Elle se laisse gagner par ses rêves…
15 December
Mon Rêve familier
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime, Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon coeur transparent Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême, Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse ? --Je l'ignore. Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues, Et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a L'inflexion des voix chères qui se sont tues.
Paul VERLAINE, Poèmes saturniens (1866) 
14 December
L’Absent
Qu'elle est lourde à porter l'absence de l'ami, L'ami qui tous les soirs venait à cette table Et qui ne viendra plus, la mort est misérable, Qui poignarde le cœur et qui te déconstruit.
Il avait dit un jour : "Lorsque je partirai Pour les lointains pays au-delà de la terre, Vous ne pleurerez pas, vous lèverez vos verres Et vous boirez pour moi à mon éternité."
Dans le creux de mes nuits, pourtant, je voudrais bien Boire à son souvenir pour lui rester fidèle, Mais j'ai trop de chagrin et sa voix qui m'appelle Se plante comme un clou dans le creux de ma main.
Alors je reste là au bord de mon passé, Silencieux et vaincu, pendant que sa voix passe Et j'écoute la vie s'installer à sa place, Sa place qui pourtant demeure abandonnée.
La vie de chaque jour aux minuscules joies Veut remplir à tout prix le vide de l'absence Mais elle ne pourra pas, avec ses manigances, Me prendre mon ami pour la seconde fois.
Qu'elle est lourde à porter l'absence de l'ami. Qu'elle est lourde à porter l'absence de l'ami
(Louis Amade)
19 décembre
Le mouvement d’Amour n’a pas de limites. Il tient en éveil, invite à écouter, à essayer de comprendre, à prendre les moyens pour que chacun, individuellement et avec tout son monde de relation, soit reconnu et prenne sa place dans le dialogue avec les autres.
Abbé Pierre , Une année avec l’Abbé Pierre, Une pensée par jour pour mieux vivre, Editions Presses de la Renaissance 13 December
CHAPITRE XXV
- Les hommes, dit le petit prince, ils s'enfournent dans les rapides, mais ils ne savent plus ce qu'ils cherchent. Alors ils s'agitent et tournent en rond...
Et il ajouta:
- Ce n'est pas la peine...
Le puits que nous avions atteint ne ressemblait pas aux puits sahariens. Les puits sahariens sont de simples trous creusés dans le sable. Celui-là ressemblait à un puits de village. Mais il n'y avait là aucun village, et je croyais rêver.
- C'est étrange, dis-je au petit prince, tout est prêt: la poulie, le seau et la corde...
Il rit, toucha la corde, fit jouer la poulie. Et la poulie gémit comme gémit une vieille girouette quand le vent a longtemps dormi.
- Tu entends, dit le petit prince, nous réveillons ce puits et il chante...
Je ne voulais pas qu'il fît un effort:
- Laisse-moi faire, lui dis-je, c'est trop lourd pour toi.
Lentement je hissai le seau jusqu'à la margelle. Je l'y installai bien d'aplomb. Dans mes oreilles durait le chant de la poulie et, dans l'eau qui tremblait encore, je voyais trembler le soleil.
- J'ai soif de cette eau-là, dit le petit prince, donne-moi à boire...
Et je compris ce qu'il avait cherché !
Je soulevai le seau jusqu'à ses lèvres. Il but, les yeux fermés. C'était doux comme une fête. Cette eau était bien autre chose qu'un aliment. Elle était née de la marche sous les étoiles, du chant de la poulie, de l'effort de mes bras. Elle était bonne pour le cœur, comme un cadeau. Lorsque j'étais petit garçon, la lumière de l'arbre de Noël, la musique de la messe de minuit, la douceur des sourires faisaient ainsi tout le rayonnement du cadeau de Noël que je recevais.
- Les hommes de chez toi, dit le petit prince, cultivent cinq mille roses dans un même jardin... et ils n'y trouvent pas ce qu'ils cherchent.
- Ils ne le trouvent pas, répondis-je...
- Et cependant ce qu'ils cherchent pourrait être trouvé dans une seule rose ou un peu d'eau...
- Bien sûr, répondis-je.
Et le petit prince ajouta:
- Mais les yeux sont aveugles. Il faut chercher avec le cœur.
12 December
Je t’Aime…
Dire « je t’aime », c’est dire « J’ai envie d’être avec toi, et quand je n’y suis pas, je suis malheureux, tu me manques ». Dire « Je t’aime », c’est dire « Quand je te regarde, quelque chose s’adoucit en moi et je veux te serrer contre moi ». C’est dire « Quand nous faisons l’amour, je suis transporté dans une autre partie de moi que je ne connaissais pas, et où je me sens magiquement bien ». C’est dire, avec les indiens Yanomami, « Ya pihi irakema » (j’ai été contaminé par ton être). C’est dire « Quelque chose de toi est entré en moi et y vit. Parce que je te vois la nuit dans mes rêves, parce que je sens ta présence, même quand tu n’es pas là. Parce que je ne peux plus imaginer ce que cela voudrait dire de vivre sans toi.
Pourtant, après que nous avons dit tout cela, avec toute notre sincérité, et que nous avons répété l’essentiel devant monsieur le Maire en écharpe officielle, nous divorçons encore dans plus de la moitié des cas. Alors, que faudrait-il vraiment se dire ?
- Aimerais-je avoir cette personne comme amie ? C'est-à-dire, aurais-je avec elle une relation riche et féconde, si nous ne faisions pas l’amour, et si nous ne projetions pas d’avoir un enfant ensemble. Cela élimine d’emblée toutes les personnes auxquelles nous ne sommes liées que par une attirance physique, ou par des projections qui font abstraction de la réalité toute simple de la vie au quotidien. Quand je dis « je t’aime », est-ce que je dis bien « J’aime vivre à côté de toi, même sans caresses, et même sans fantasmes d’avenir » ?
- Est-ce que je respecte cette personne (dans ses choix, sa manière d’être, ses valeurs) c'est-à-dire dans sa relation au monde et aux autres, en dehors de son comportement par rapport à moi. Est-ce que je la respecte pour autre chose que ce qu’elle me donne (et qui ne durera peut-être pas) mais aussi pour sa façon d’être dans le monde (qui durera probablement toujours). Est-ce que je dis « je t’aime » pour dire « J’aime le cadeau que tu fais au monde par ta simple présence » ?
- Suis-je prête à accepter que certains défauts ne changent jamais ? C’est à dire les défauts qui m’irritent déjà au quotidien, comme une tendance à ne jamais rien ranger, voir les amis tous les week-end… Mon « je t’aime » veut-il dire que je me suis persuadée que ce qui ne me convient pas finira bien par s’estomper avec le temps ? Ou bien suis-je capable de te dire que tout ce que j’aime en toi est tellement fort, tellement unique, tellement désirable, que je t’aime malgré ce qui est et sera toujours différent de mon idéal ?
Suis-je capable de me dire, au plus profond de moi, que je t’aime avec ta vérité ?
(d’après un article de David SERVAN-SCHREIBER, paru dans Psychologies Décembre 2007)
Ecole du rugby, Ecole de la vie !
Je viens d’emmener mon fils à l’Ecole de rugby de notre petite ville. Il attendait avec tant d’impatience, comme chaque mercredi et chaque samedi après-midi… Comme j’avais un peu de temps, je suis restée pour le regarder jouer, discrètement, pour ne pas le déconcentrer… et j’ai découvert un autre petit bonhomme…
J’ai rencontré un petit garçon à la fois attentif et épanoui, s’efforçant de donner le meilleur de lui-même, malgré le froid, l’herbe mouillée, les chutes… et j’ai ressenti un sentiment de grande fierté. Je ne l’avais jamais vu aussi grand… J’ai découvert que mon fils, habituellement si réservé, était entrain de s’ouvrir aux autres. Lui, jusqu’ici plutôt mal à l’aise dans son corps, parvenait à faire ses exercices presque avec fluidité, à s’investir dans une activité physique, signe d’une maturité qui s’installe… Et quel plaisir de pouvoir se salir, revenir crotté de la tête aux pieds ! « Celui qui n’est pas sale ne s’est pas donné à fond ». Mathis a bien intégré ce précepte… !!!
En le regardant, j’ai senti monter en moi une grande joie, et en même temps, une certaine mélancolie. J’ai mesuré la vitesse à laquelle le temps avait passé. Hier mon grand bébé, aujourd’hui mon petit homme, qui me donne ses consignes : « Ne viens pas me chercher trop tôt, pour que j’aie le temps de prendre ma douche et d’aller goûter au club ! »… Et bientôt, j'entendrai « Ne viens plus me chercher, je reviendrai en vélo »…
Prenons le temps de regarder nos enfants grandir. Ces étapes ne sont pas si progressives qu’il y paraît. Du jour au lendemain, ou presque, on se retourne, et l’enfant d’hier est un adolescent, qui laisse bientôt place à un adulte accompli… Vingt ans, cela semble énorme à l’échelle d’une vie, et ce ne sont pourtant qu’une poignée d’années qui s’envolent comme la graine du pissenlit, pour peu que l’on perde de vue l’essentiel, noyés que nous sommes dans nos vies compliquées…

10 December
Il y a une semaine, j’étais en errance dans le pays étrange de la dépression, une sorte de marais infâme, où les cauchemars flirtent avec les idées noires, d’où les désirs ont pris la fuite pour laisser la place au désespoir, au vide, à l’envie de rien, sauf peut-être de courir au-delà de tout…
Le soir de ce mardi, je passais devant la chambre de mes enfants pour aller prendre mon somnifère, lorsqu’un bruit étrange m’interpela. J’entrai dans la chambre pour constater que ce souffle de forge sortait de la poitrine de ma fille de 9 ans. Elle se débattait dans une crise d’asthme sévère…
Pompiers, SMUR, puis Hôpital des Enfants à Bordeaux.
Tout va très vite. En l’espace de quelques heures, j’ai vu l’état de santé de ma fille se dégrader, jusqu’à l’oxygéno-dépendance. Alors, j’ai prié, et j’ai réfléchi…
Qu’avais-je fait durant ces derniers mois ? Quels avaient été mes priorités, mes souhaits, mes réalisations, mes rencontres, mes espoirs, mes blessures ? Auprès de ma fille qui, peu à peu, sous l’effet des corticoïdes et au rythme des aérosols reprenait vie, je pensais que, peut-être, je n’avais pas été très disponible… que je m’étais laissée avaler par des priorités qui n’en étaient peut-être pas… J’ai réalisé que si j’avais pris mon somnifère ce soir là, je n’aurais pas entendu Camille s’étouffer dans son propre gaz carbonique… J’aurais pu perdre une partie de mon trésor sur le tapis de jeu de la vie et de la mort en quelques heures…
Nous sommes parties si rapidement à l’hôpital que j’en ai oublié d’emporter mon traitement. Et je m’en suis passée pendant une semaine. Cela ne veut pas dire que je sois sortie de ma dépression : dans cet hôpital, j’étais en milieu « protégé » en quelques sortes, loin des vérités de l’extérieur. Mais je me suis gérée seule, pour ma fille et pour moi-même. Nous nous sommes senties entourées, Camille et moi, par les visites rassurantes d’Hervé, les nombreux appels téléphoniques et messages quotidiens de Nathalie, Frédérique, Thomas, Patrick, les attentions de nos connaissances… J’ai découvert que nous n’étions pas seules, sincèrement pas seules…
Alors, certes, je sais que j’ai encore du chemin à parcourir pour sortir définitivement de ce piètre chemin dans lequel je me suis embourbée, qu’il va falloir de nouveau aborder la vraie vie… mais cet épisode au cours duquel j’aurais pu perdre la chair de ma chair m’a apporté une forme de sérénité que j’avais perdue. Ma fille et moi nous sommes mutuellement donné la vie… 2 December
NOEL D'ANTAN
Je regarde les informations, et le journaliste parle du premier week-end de décembre. Il évoque le pouvoir d’achat des français, égraine des chiffres, des pourcentages, qui correspondent aux chiffres d’affaires réalisés par les grands magasins, aux nombres d’articles vendus dans telle ou telle famille, à la somme moyenne consacrée au cadeau de chacun…
Je retourne en arrière, il y a 35 ans environ, jusqu’où mes souvenirs peuvent porter ma pensée. Je revois les Noël chez mes grands-parents. Il y avait chez eux une grande cuisine, dans laquelle la famille se réunissait tous les jours, et une immense salle à manger. Cette pièce ne servait que pour les grandes occasions, et Noël en était une. J’entends encore le souffle de la porte qui séparait les deux pièces, et faisait un appel d’air lorsqu’on l’ouvrait… chhhhhhhhhh….. Ce bruit raisonne encore dans ma tête comme une chanson.
Mes parents et moi habitions en région parisienne. Lorsque nous arrivions, je me précipitais dans la salle à manger, parce que je savais que j’y trouverais le sapin, la crèche et les décorations… Oh, aucun excès, juste ce qu’il fallait pour animer, et rendre la pièce gaie, heureuse. Noël était avant tout l’anniversaire de Jésus, la fête de sa naissance. Le père Noël aussi, bien sûr, mais il restait un personnage secondaire.
Pour le réveillon de Noël, chacun participait. La volaille cuisait lentement dans le four de la cuisinière à bois, régulièrement arrosée de bouillon. Je sens encore son odeur, qui exhalait dans toute la maison. Ma grand-mère faisait elle-même une farce composée de foie de volaille, d’œuf, de lard gras, de mie de pain trempée dans du lait, d’échalotes et de marrons, dont je n’ai jamais retrouvé le goût. Elle confectionnait également ses bûches pâtissières à la crème au beurre, une génoise succulente de crème vanille café ou vanille chocolat. Le moment crucial consistait à rouler la génoise sur elle-même en utilisant un torchon humide, sans la casser… Je ne m’y suis jamais risquée.
Dès que j’en ai été capable, j’ai eu moi-aussi ma part de « travail ». J’attendais cela avec tant d’impatience… Ma grand-mère me donnait des corbeilles plates en osier avec pour mission d’y installer des dragées, des fondants au sucre, des bonbons de chocolat de toutes formes et de toutes couleurs, des petites boules brillantes en sucre elles aussi… J’installais également des sablés, des rochers à la noix de coco, des pruneaux et des quartiers de pommes séchés dans le four de la cuisinière par les soins de ma grand-mère. Tout cela était préparé avec amour, et avait pris des heures. Les ingrédients qui avaient une longue durée de conservation étaient achetés depuis l’été, afin de répartir les frais, car la famille n’était pas riche. Mon grand-père, bien qu’ayant toujours beaucoup travaillé, ne percevait qu’une maigre retraite. Mais jamais mes grands-parents n’auraient toléré une quelconque participation financière. Il ne devait pas être question d’argent, il n’était question que d’amour.
Le soir du réveillon, on installait les rallonges de la table. Puis ma grand-mère allait chercher le linge de maison blanc marqué de ses initiales brodées. Elle sortait du placard les assiettes de porcelaine, l’écrin à couvert de velours rouge qui protégeait l’argenterie ainsi que les verres soufflés à la bouche. Elle pliait les serviettes en forme d’éventail… puis elle décorait la table avec des branches de houx qu’elle était allée chercher elle-même, ainsi que quelques branchages à feuilles persistantes. Pour moi, c’était plus beau d’année en année.
Nous n’allions pas à la messe, parce que l’Eglise n’était pas chauffée, par manque de moyens. Mon grand-père étant malade, cela représentait un risque pour sa santé. Alors nous regardions la messe de minuit télévisée en direct de Saint-Pierre de Rome.
Puis nous prenions le repas en famille. Et nous étions heureux. L’Amour était palpable. Mon grand-père, italien de souche, avait toujours une pensée pour les personnes seules, isolées… Il disait toujours que nous avions de la chance d’être tous là, une année de plus, que le véritable miracle de Noël était là… Il nous parlait des Noël de son enfance, ma grand-mère nous racontait les siens, et les Noël pendant la guerre, les années où la famille avait été endeuillée… et aussi les fou-rire, parce que Noël, c’est avant tout une fête…
Tant que j’ai cru au Père Noël, il y avait un rituel avant d’aller se coucher. Je préparais un café chaud, un petit gâteau et une mandarine, pour que le Père-Noël reprenne des forces avant de poursuivre sa route. Bien entendu, cette petite habitude disparut l’année de mes … 9 ans.
Le 25 décembre au matin, nous ouvrions les cadeaux, bien sûr… Il y en a eu, à la maison, des années difficiles… mais il y avait toujours sous le sapin quelque chose pour chacun. Souvent des livres, des vêtements de poupées fabriqués par ma grand-mère, des petits meubles construits par mon grand-père, des fournitures scolaires pour terminer l’année, des vêtements… Une poupée aussi, les meilleures années. Nous ne comptions pas les paquets, pour savoir combien on en avait reçu. Ce qui était important, c’était d’être tous réunis dans la même joie, la même communion. Nous étions toujours tous contents, émerveillés, petits et grands…
Le 25 décembre 1984 marque le dernier de ces Noëls magiques. Il n'y en a plus eu après le décès de mon grand-père.
J' ai enseigné à mes enfants que Noël est l’anniversaire de Jésus, même si j’ai pris l’option de les laisser choisir eux-mêmes plus tard leur propre religion. Ils doivent savoir que Noël existe, parce que l'homme Jésus a existé, et que nous vivons dans une civilisation judéo-chrétienne... Jamais je ne les ai laissés faire des listes de cadeaux infinies, « parce que chaque enfant doit pouvoir avoir quelque chose dans sa botte» (ils croient encore tous les trois au Père Noël…) Ils ont la possibilité de trois choix, ce qui est déjà pas mal, je crois… et nous évoquons ensemble ceux qui sont seuls, tristes, sans travail, séparés de leur famille… Parce que c'est cela, aussi, Noël...
2 décembre
" Gardons au coeur l'impatience de faire. Et l'indignation dans l'action."
28 novembre :
" Aimer, c'est un mouvement : ça se cherche, ça se mûrit, ça avance, ça recule, ce n'est jamais fini. "
24 juillet :
" Le sens de ma vie m'est apparu quand j'ai vu mon père bon bourgeois faire le coiffeur pour les clochards le dimanche matin. Quand j'ai vu qu'il se soumettait aux caprices de ces messieurs qui sentaient mauvais et qu'il les servait comme s'ils étaient des ministres, j'ai compris que l'amour seul peut réaliser l'impossible"
Une année avec l'Abbé Pierre, Une pensée par jour pour mieux vivre. Editions Presses de la Renaissance
La Boîte à Baisers

Un jour à l'approche de Noël, une mère punit sa fille de cinq ans pour avoir gaspillé un rouleau de papier d’emballage de valeur, couleur or.
Comme les ressources financières étaient précaires, la mère devint encore plus irritée lorsqu’elle découvrit que sa fille avait utilisé le papier d’emballage pour envelopper une boîte cadeau qu’elle avait déposé sous l’arbre de Noël.
Quoi qu’il en soit, la petite fille offrit tout de même à sa mère, le matin de Noël, le présent qu’elle avait soigneusement enveloppé dans le papier couleur or en lui disant tendrement :
-« Voici Maman, c’est pour toi. »
La mère, visiblement embarrassée par sa réaction exagérée de la veille, ouvrit le cadeau, et constata que la boîte était vide. Elle parla alors à sa fille rudement :
-« Ne sais-tu pas, jeune fille, que lorsque nous offrons un cadeau à quelqu’un, il doit y avoir quelque chose à l’intérieur de la boîte ? »
La petite fille, en larmes, répondit à sa mère :
-« Oh, maman, la boîte n’est pas vide. Je l’ai remplie de baisers jusqu’à ce qu’elle en soit pleine avant de l’emballer. »
La mère, bouleversée, tomba à genoux, prit sa fille dans ses bras et lui demanda de lui pardonner les paroles qu’elle avait proférées.
Peu après, un terrible accident prit la vie de la petite fille. Et il est dit que la mère conserva la boîte dorée sur la table de chevet tout au long de sa vie.
Chaque fois qu’elle faisait face à un problème difficile, ou qu’elle était découragée, elle ouvrait la boîte et y prenait un baiser imaginaire, en se rappelant tout l’amour de l’enfant qui les y avait déposés.
La réalité de la vie fait que chacun d’entre nous a reçu un tel cadeau, emballé dans un papier doré. Ce cadeau est rempli de baisers et de l’amour inconditionnel de notre famille, de nos amies, et de nos amis. Ils sont les Anges qui nous soutiennent lorsque nos ailes ont des difficultés à se rappeler comment voler.
Il n’existe aucune possession plus précieuse que l’Amour.
2 décembre 2007 – Texte offert par Maeva (Papeete) - Dédié à Camille, Mathis, Sacha, mes grand-parents maternels... et à toutes les personnes que j'ai croisées, et qui ont déposé dans une boîte dorée quelques preuves d'Amour...
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