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14 November

L'Amour-Adoration

 
Ainsi l'amour, en nous, longtemps brûle en secret,
Dans l'ombre il s'insinue par maint détour étrange
Puis dévaste la vie ainsi qu'un feu de grange.

 

Michel CONRAD - L'Amour-Adoration - 1980

"Le poète est un architecte des solitudes"


 
9 November

Un Mur qui tombe

 

Il y a vingt ans, un Mur tombait.

Il y a vingt ans, j’étais étudiante en maîtrise LEA Allemand – Anglais. Je fréquentais des étudiants allemands sur le campus, pour lesquels la chute du Mur représentait l’avenir. Tout simplement. L’Avenir et la Lumière. Ils allaient pouvoir enfin connaître toute une partie de leur famille bloquée « de l’Autre Côté », une partie de leur histoire, une partie de leurs racines, une partie d’eux-mêmes. Terminé, les Jeans que l’on envoie pour Noël vers l’Est, et qui arrivent à leurs destinataires avec les ourlets et les fermetures décousus, afin de vérifier qu’ils ne renfermement pas de messages de propagande. Terminé, les gâteaux qui arrivent débités en tranches de 5mm de largeur, pour les mêmes raisons. Et puis, vive aussi la réunification économique, qui doit faire exploser la croissance à l’Ouest, grâce à la consommation des naufragés de l’Est, jusqu’ici privés de tant de biens matériels. Bienvenue aux multiples chercheurs et scientifiques venus de l’Est, et qui vont enfin pouvoir apporter leur savoir au pays tout entier, et même au-delà. L’Allemagne réunifiée sera un pays fort, moteur de l’Europe en construction.

Oui, sans doute. Et nous, étudiants français enthousiastes comme on l’est à vingt ans, nous réjouissions tous et faisions innocemment la fête aux côtés de nos amis d’outre-Rhin. Nous participions ainsi à la liesse générale...

C’était sans compter les Murs qui ne tombent pas, ceux qui restent dans les mémoires des deux côtés… du Mur, les murs de souffrance, les murs de silence, les murs de douleurs endurées, de tortures, les murs de deuils…les murs idéologiques, politiques, dogmatiques... Ces Murs-là ont la dent dure... 

Et puis, il y a les Murs que nous avons construits depuis, ou laissé construire, parce que cela nous arrange ou simplement, ne nous dérange pas, et que nous oublions, parce que c’est loin, comme nous le rappelle ce courriel intitulé Palestine, issu du courrier des lecteurs de Télérama N° 3115 :

«  Je regarde, perplexe, les célébrations commémorant la chute d’un mur tombé voici vingt ans. Les commentaires laissent entendre que cette construction abjecte est l’image d’un temps passé et à jamais révolu. Nous sommes fiers de notre évolution et regardons les vestiges de cette construction comme les signes de ce que l’humanité fut et plus jamais ne sera. Pouvons-nous si simplement oublier qu’un autre mur encore plus grand, encore plus long, encore plus odieux et humainement insupportable s’érige en Palestine dans l’indifférence la plus totale ? » Fabrice.

 

J’ajouterais seulement un bémol à ce qui vient d’être dit : il n’y a pas de superlatif pour qualifier un Mur entre les hommes. Un Mur est un Mur. Aucun Mur n’aurait du et ne devrait encore se tenir debout.

N. – 9 novembre 2009