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30 November 10 ans déjà...30 novembre 1998. Dix ans déjà… dix ans… Dix années qui pèsent sur mes épaules et dans mon cœur. Elles ont passé si vite… il me semble que c’était hier… Un accouchement qui se passe mal, ton cœur dont le rythme baisse, baisse… et puis, branle-bas de combat dans les couloirs, une naissance en urgence, par la sortie de secours... Et enfin, enfin, le son de ta voix, ton premier cri, là-bas, au fond de la salle… je peux enfin me laisser aller… Tu es là, Camille. Tu viens de faire de moi une mère. Je te revois quatre heures plus tard, toute vêtue de blanc. Petit être innocent, confiant, tu tournes les yeux en direction de cette voix que tu as reconnue, la mienne… Tu m’écoutes…Je pleure… Je te parle tout bas, te dis tes premiers mots d’amour ; des mots, il m’en manque pour te décrire, toi si belle, si douce, tant espérée, tant attendue… Je te regarde, écoute le souffle de ta respiration encore mal assurée, hume le doux parfum de ta peau veloutée, caresse tes petites mains frêles et froissées… Ma vie a changé, définitivement. Elle s’est habillée de couleurs dont je n’aurais jamais imaginé la beauté, ni même l’existence. Ta simple présence est une source de vie, de bonheur, de tendresse infinie… Déjà je me demande comment j’ai pu vivre dans cette absence pendant si longtemps. Et tout à coup, la peur m’étreint : et si tu n’étais qu’un rêve, une illusion, si tu disparaissais, là, comme un mirage ? Mais non, tu es bien réelle, ma petite fille, mon bébé. Et déjà, tes narines minuscules frémissent, et tes lèvres roses cherchent le sein nourricier. Instant fusionnel de total abandon. Je te regarde, tu es si apaisée, si détendue… tu t’endors. Nelly – 30 novembre 2008 Premier Dimanche de l'Avent
"Qu’aimai-je donc en vous aimant? Ce n’est point la beauté selon l’étendue, ni la gloire selon le temps, ni l’éclat de cette lumière amie à nos yeux, ni les douces mélodies des cantilènes, ni la suave odorance des fleurs et des parfums, ni la manne, ni le miel, ni les délices de la volupté. Ce n’est pas là ce que j’aime en aimant mon Dieu, et pourtant j’aime une lumière, une mélodie, une odeur, un aliment, une volupté, en aimant mon Dieu; cette lumière, cette mélodie, cette odeur, cet aliment, cette volupté, suivant l’homme intérieur; lumière, harmonie, senteur, saveur, amour de l’âme, qui défient les limites de l’étendue, et les mesures du temps, et le souffle des vents, et la dent de la faim, et le dégoût de la jouissance, Voilà ce que j’aime en aimant mon Dieu. "
Saint Augustin – Les confessions – Livre X – Chapitre V 24 November Les personnes extraordinaires (4)Les personnes extraordinaires (4)
VINCENT habite au bout de ma rue. C’est un homme jeune, 44 ans, atteint dans la force de l’âge par une maladie génétique, la spondylarthrite ankylosante. Chaque jour qui commence est pour lui un nouveau combat contre la maladie qui, sournoisement, rigidifie le corps, soude les vertèbres entre elles, déforme les os, immobilise les articulations. Contre la douleur également, qui assaille le cou jusqu’à la boîte crânienne, la cage thoracique, le coccyx, les genoux, les talons, les poignets. Vivre avec cette maladie, c’est aussi accepter un traitement lourd et douloureux, une injection tous les quinze jours, dont le produit brûle en passant dans les tissus. Un traitement qui donne mal à la tête et vous fatigue pendant quarante huit heures. Un traitement dont les effets secondaires sont encore mal connus… Déjà, des problèmes dentaires sont apparus. Et plus tard ?... Vivre avec cette maladie, c’est enfin ignorer son évolution, et accepter cette ignorance. Les têtes de fémur sont d’ores et déjà endommagées, ce qui augure à moyen terme de graves problèmes de mobilité, et deux lourdes opérations pour implanter des têtes de fémur en titane. Les déformations éventuelles du squelette sont totalement variables selon les individus et le degré de gravité de la maladie. Actuellement, les doigts, les pieds, ne sont pas touchés. Le corps n’a subit que peu de transformations visibles, si ce n’est une attitude statique du tronc. Mais demain ? Vincent est un modèle de courage. Souriant, d’agréable compagnie, il vous parle de sa maladie sans jamais se plaindre : il vous informe, c’est tout. Il vous informe de sa différence. Il occupe un poste de travail administratif adapté à son handicap, veille sur ses enfants, soigne son intérieur avec raffinement… et profite de la vie. Et tout cela, à temps plein. Pour lui, chaque jour passé avec une douleur supportable est un cadeau, un joyau dont il faut prendre soin. Vincent sème la joie et l’optimisme autour de lui : Il sème la vie. Il fait du bien. Nelly - 23 novembre 2008
Famille recomposée
« La famille recomposée, par rapport à la famille classique, c’est comme le Nescafé par rapport au café. Plus le temps passe, plus ça y ressemble, mais ça ne sera jamais tout à fait ça. On met un moment à s’en rendre compte. Et ensuite, chacun fait de son mieux. » Braunstein et Collardey – Famille, recompose-toi ! Editions Hachette Littératures - 2008
10 November Paroles d'enfants : Des actes et de la Nature de Dieu
[Conversation entre Camille, 10 ans, et sa sœur Sacha, 5 ans et demi, autour de la table familiale.] Camille : -« Dieu m’a infligé un strabisme. Jusqu’à deux ans, je n’en avais pas, et un jour, Dieu a décidé de me faire cela. » Sacha : -« Mais ce n’est pas Dieu qui t’a fait cela, ce sont les germes (pour : les gènes). Dieu n’y est pour rien. Il a créé l’homme comme lui, il a tout créé d’ailleurs, et les « germes » viennent des humains, pas de Dieu. Dieu, il a un cœur d’enfant, il ne peut pas faire du mal aux gens. Ce sont les gens qui font du mal aux autres gens, en fait. » Camille : -« Oui, mais Dieu n’a pas empêché que les gènes me déforment les yeux. Et c’est moi qui vais devoir me faire opérer. Pourtant, je crois en Dieu, alors, pourquoi il m’a donné des yeux de travers ? » Sacha : -« Mais non, je te dis que ce n’est pas Dieu qui a fait cela. Ce sont les humains. Dieu, c’est un Esprit, et Jésus, c’est son fils, et il est petit, comme un enfant. » Camille : -« Mais non, il n’est pas petit, regarde sur la croix, c’est un adulte ! » Sacha : -« Mais avant d’être un adulte, c’était un enfant. Et maintenant, c’est un adulte, mais avec un cœur d’enfant. » Un peu plus tard : Sacha : -« Tu sais, maman, dans mon cœur, il y avait déjà toi, Camille et Mathis, et bien j’ai invité Dieu, Jésus et Marie ! Maintenant, vous êtes tous dans mon cœur. » [Propos recueillis sans correction des erreurs de langage.] N. 9 novembre 2008 2 November 1965, le Jour des Morts
1965, le jour des morts C’est la Toussaint et il fait froid. Un froid piquant qui s’immisce sous ma jupe plissée et rougit mes genoux. […] Aujourd’hui et depuis longtemps Mélanie, Marie et Joséphine ont rejoint le cimetière d’Aigurande. Journal intime, Souvenirs souvenirs Extraits du Journal de Céleste. Citation autorisée le 2 novembre 2008
Le Jour des Morts
« Tous les ans, au commencement de ce triste et brumeux novembre, bien choisi pour une fête funèbre, la foule envahit les cimetières, spontanément, sans convocation, sans prêtres, sans solennités. On se disperse dans le dédale des pierres funéraires, et chacun cherche ses tombes pour y déposer l’offrande de pensées et de chrysanthèmes, les dernières fleurs de l’automne. C’est la religion des familles. Bien souvent, l’intérêt a divisé les frères ; on ne se parlait plus : chacun est venu de son côté apporter sa couronne et, devant la tombe des vieux parents, on se rencontre et on se tend la main. C’est la religion des orphelins : « Viens porter un petit bouquet à ton pauvre père, qui t’aimait tant, pour lui montrer que tu ne l’as pas oublié. – Mais où est-il, mère, je ne le vois pas ? – Tu ne peux pas le voir, il est dispersé dans l’air que tu respires, mais il est toujours près de toi quand tu penses à lui. Si tu fais quelque chose de mal et si personne ne le sait, lui, il t’a vu. Il ne te grondera pas, mais tu lui as fait de la peine. Si tu es sage, il est content, il te sourit comme autrefois, te rappelles-tu ? » - Mais ceux qui n’ont pas de tombeaux de famille, les pauvres qui ont vu enterrer leurs morts dans la fosse commune, où iront-ils porter leur offrande ? – C’est pour ceux-là qu’on a mis au milieu du cimetière une stèle où on a écrit : monument du souvenir. Sur le piédestal s’accumulent les humbles couronnes et les petits bouquets d’immortelles et de pensées. – Mais les parias, les enfants trouvés, qu’ont-ils à faire de cette religion des familles ? Et tous ceux que leurs parents ont torturés, quel souvenir d’amour et de respect peuvent-ils porter à ceux qui les ont fait mourir à petit feu et que vos lois ne punissent que d’une façon dérisoire ? - Eh bien ! Non, il n’y a pas de parias, la religion des morts n’exclut personne. A ceux que leur famille a repoussés, il reste la grande famille humaine. Cet enfant abandonné par sa mère, d’autres ont eu pitié de lui. Quelqu’un l’a trouvé au coin d’une rue et l’a porté à l’hôpital où on lui a donné une nourrice pour l’allaiter, un médecin pour le soigner. Il se souvient surtout de la sœur de charité qui faisait la classe, soyez sûr qu’il portera une fleur pour elle au monument du souvenir. « Elle nous apprenait à lire dans le catéchisme. Il y avait là un tas de choses que je ne comprenais guère, ni elle non plus probablement, mais sa conclusion était toujours qu’il faut être charitable pour les autres comme on l’a été pour nous. J’ai été quelquefois bien près de prendre la route de gauche ; mais quand on me donne de mauvais conseils, je pense à cette bonne créature : que me dirait-elle si elle était là ? Et je n’ai pas de peine à deviner sa réponse : il me semble que je l’entends. Où est-elle maintenant, cette pauvre sœur Marthe ? Je ne sais pas s’il existe, ce paradis dont elle parlait toujours, mais si quelqu’un a mérité d’y entrer, c’est bien elle. On dit qu’elle aurait dû se marier, avoir une famille : elle a mieux aimé soigner les enfants trouvés. S’il n’y en avait pas quelques-unes comme cela de temps en temps, que serions nous devenus moi et les autres ? Adieu, bonne sœur Marthe, voici une petite fleur pour toi. »
Louis MENARD – Rêveries d’un païen mystique - 1876 |
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