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30 October Un signe de l'Eternel19 October Le combat ordinaire (Extraits)
Le combat Ordinaire (Premier extrait) – tome 1 – page 12 « Conduire sur les autoroutes m’a longtemps fait très peur. En fait, j’en étais totalement incapable. Je voyageais par les nationales où j’étais curieusement plus à l’aise. J’en ai beaucoup parlé au psy parce que je ne comprenais pas pourquoi j’avais tellement peur, et aussi parce que c’était un vrai handicap pour le boulot et dans la vie en général. Et c’est un des rares sujets sur lesquels il a daigné me donner son avis… Il m’a dit qu’à bien y regarder, une voiture avait de nombreux points communs avec un cercueil… … que foncer à des vitesses pas naturelles sur une route où on ne sait rien des gens qui pilotent les autres cercueils donnait à réfléchir… … et que, dans ces conditions, il lui paraissait plutôt légitime d’avoir peur. Depuis, je n’ai plus peur. C’est rigolo, la psychanalyse… »
Le combat Ordinaire (Deuxième extrait) – tome 1 – page 19 « Je les aime, mes parents, évidemment… mais notre relation a été un échec complet. Le psy aimait beaucoup que je lui parle de mon enfance, de mes parents… C’était comme une compulsion chez lui… Pourtant, il n’y avait pas grand-chose à dire. Simplement, nous ne nous sommes jamais compris. J’ai longtemps cru que c’était grave, que c’était la « source » de mes angoisses. Je leur en ai beaucoup voulu, à mes parents… Jusqu’à ce que je comprenne que mon enfance n’avait plus ou moins été qu’un malentendu… Et dans ce malentendu, il n’y avait pas vraiment de responsable. C’est peut-être là que m’a amené la psychanalyse. Arrêter de vouloir mettre à jour des responsabilités, ça rend les problèmes passionnants. »
Le combat ordinaire – tome 1 – Manu LARCENET – éditions DARGAUD – Première édition en 2003 – réédité en 2008 13 October La course du temps
Cet après-midi, en vidant l’enfilade du salon pour préparer le déménagement, j’ai retrouvé une photographie de Camille. Elle doit avoir cinq ou six ans, un sourire timide, les cheveux aux épaules, fins comme une première chevelure d’enfance, le front caché par une frange trop longue et trop lourde pour son petit visage. Son regard se perd un peu derrière ce rideau naturel qui la protège, pense-t-elle, du monde extérieur… Ce soir je regarde Camille qui revient du collège. Si elle porte toujours ses cheveux longs couleur de miel, la frange a quant à elle disparu pour laisser voir de jolis yeux rieurs, et un sourire magistral l’illumine toute entière… Il fait froid ce soir, je décide d’aller lui acheter des pullovers. De toutes façons, il lui en faudra pour passer l’hiver en Bretagne… Une heure plus tard, au rayon des pulls. Je cherche désespérément un article rose, ou mauve, peut être couleur ivoire, ou rouge, et pourquoi pas, avec une fleur brodée sur le devant… Je ne trouve rien de ce genre en taille 14 ans… C’est alors qu’une voix me dit doucement : -« Tu ne trouveras pas ce que tu cherches… Et Camille ne voudrait pas porter ce que tu cherches… La personne de la photo était une petite fille, ta petite fille. Mais ouvre les yeux : c’est une adolescente que tu as maintenant devant toi, une jeune fille de 11 ans… » 11 ans… Elle a 11 ans… Je n’ai pas vu le temps passer. J’ai oublié de la voir grandir. Ou plutôt, je n’ai pas voulu la voir grandir. Mais le temps a filé pourtant, inexorable, faisant fi de mes désirs enfouis de mère idolâtre… Le temps l’a poussée en avant, et l’entraine maintenant vers le large, l’indépendance, son indépendance… Et moi, je ne peux que rester là, sur la grève, et la regarder s’éloigner… Camille ne m’appartient pas. Comme ne m’appartiennent pas non plus les deux autres enfants que j’ai mis au monde. Ni les trois enfants que j’ai pris pour les miens. Le temps a passé, et j’ai raté tant de choses. A consacrer tant d’énergie en vains débats et combats qui n’en valaient peut-être pas la peine, j’ai parfois perdu de vue … l’essentiel.
Le temps quant à lui, poursuit son œuvre. Il ne passe pas : il fout le camp. N. – 12 octobre 2009 |
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