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23 October L'homme assis"Il y a une seule chose que j'aime par-dessus tout, c'est chanter ; et par-dessus tout, je déteste ce qui est faux. Pas ce qui est faux comme "deux et deux font cinq", non. Je veux dire ce qui est faux comme quand on chante faux. Faux comme lorsque les parents claironnent sur un ton enjoué : " C'est l'heure d'aller se coucher ! ", alors qu'ils veulent juste rester entre grands. Si un enfant hurle et tape du pied, il n'est pas "fatigué", comme on le dit toujours. C'est faux, il est furieux. Quand on me reproche de ne pas avoir dit "Merci Madame" pour le chocolat, c'est faux, parce que j'avais dit merci avec les yeux, et j'ai vu que la dame avait compris. Ces choses là arrivent tout le temps."
L'homme Assis, Ayyam SUREAU, L'école des Loisirs Alain, Pierre, Maurice, né et décédé le 23 octobre 1964Cher Alain, Aujourd'hui est un jour très particulier, parce que c'est la première fois que je t'écris. Non pas que je n'en ai pas eu envie auparavant, mais parce que je ne savais pas comment te parler. Je ne trouvais pas les mots.
C'est difficile de trouver les mots pour parler à une personne que l'on n'a pas connue, et qui pourtant occupe une place dans votre vie depuis que vous êtes en âge de comprendre.... de comprendre qu'avant vous, il y a eu un autre enfant, né comme vous de vos parents, mais disparu. Car comprendre cela, c'est aussi prendre conscience qu'un enfant peut mourir... et peut-être aussi que vous pouvez mourir... C'est s'élever contre l'injustice de la vie enlevée à un petit être, contre la peine à perpétuité pour sa famille, contre le manque, la sensation d'abandon, la solitude, le vide laissé.
Oh, Dieu, pour permettre l'agonie d'un petit enfant, où regardes-tu ?
C'est aujourd'hui ton anniversaire. Celui de ta naissance, ce matin à 5h40, mais aussi celui de ta mort, tout à l'heure, à 19h30. Tu n'auras eu que quatorze petites heures pour connaître l'amour des tiens, aussitôt donné, aussitôt repris... Quatorze heures pour que je ne sois pas l'unique enfant de nos parents... Née après toi, je ne t'ai jamais vu, je n'ai connu que ton ombre, ressenti ta présence, vécu dans ton idéal. Je ne sais pas quel rôle tu aurais joué dans ma vie si tu avais été là, je sais simplement qu'elle aurait été différente, marquée par ton empreinte de frère aimant et aimé, malgré le handicap.
Je ne sais pas si je t'écrirai une autre fois. Si mes paroles peuvent t'atteindre là où tu reposes, je veux simplement que tu saches que tu m'as toujours manqué, que tu me manques aujourd'hui, et que tu me manqueras tous les jours jusqu'au dernier des miens.
Aujourd'hui comme hier et demain, je t'aime, Alain, parti en cendres le 24 octobre 1964 ...
Nelly, ta petite soeur
21 October Cantique à Elsa - la Constellation
Cantique à Elsa – La Constellation ………. Voici le ciel pays de la louange énorme C’est de tes belles mains que nage la clarté Etoile mon étoile aux doigts de chloroforme Comment veux-tu que je m’endorme Tout me ramène à toi qui m’en semble écarter
En parlant de tes mains comment se peut-il faire Que je n’en ai rien dit moi qui les aime tant Tes mains que tant de fois les miennes réchauffèrent Du froid qu’il fait dans notre enfer Primevères du cœur promesses du printemps
Tes merveilleuses mains à qui d’autres rêvèrent Téméraires blancheurs oiseaux de paradis Et que jalousement mes longs baisers révèrent Automne été printemps hiver Tes mains que j’aime tant que je n’en ai rien dit
Les secrets de ces mains au-delà de notre âge Mènera les amants qui parleront de nous Mais qu’est un beau soleil à qui n’a vu l’orage Sans le désert qu’est le mirage On sait un pays grand lorsqu’il est à genoux ………………
Cantique à Elsa (Extrait)Cantique à Elsa – Ouverture Je te touche et je vois ton corps et tu respires Ce ne sont plus les jours du vivre séparés C’est toi tu vas tu viens et je suis ton empire Pour le meilleur et pour le pire Et jamais tu ne fus si lointaine à mon gré
Ensemble nous trouvons au pays des merveilles Le plaisir sérieux couleur de l’absolu Mais lorsque je reviens à nous que je m’éveille Si je soupire à ton oreille Comme des mots d’adieu tu ne les entends plus
Elle dort Longuement je l’écoute se taire C’est elle dans mes bras présente et cependant Plus absente d’y être et moi plus solitaire D’être plus près de son mystère Comme un joueur qui lit aux dés le point perdant
Le jour qui semblera l’arracher à l’absence Me la rend plus touchante et plus belle que lui De l’ombre elle a gardé les parfums et l’essence Elle est comme un songe des sens Le jour qui la ramène est encore une nuit …………… Louis ARAGON - Les yeux d'Elsa Il faut aimerJ'ai été invitée à dîner hier soir chez mon amie Nathalie, à laquelle je rendrai hommage dans un prochain billet. Elle m'a présentée à l'un de ses amis, Patrick, et nous avons évoqué différents thèmes au cours de la soirée, parmi lesquels l'art, l'estime de soi et l'amour.
Patrick m'a offert cette citation du peintre Claude Monet, qui m'a particulièrement touchée, probablement parce qu'elle s'inscrit dans un contexte particulier de ma vie, un tournant dans ma vie affective.
" Tout le monde parle et prétend comprendre, comme s'il fallait comprendre, alors que simplement, il faut aimer."
Claude Monet, Peintre
Merci Patrick je tombe je tombe je tombeJe tombe je tombe je tombe
Avant d'arriver à ma tombe
Je repasse toute ma vie
Il suffit d'une ou deux secondes
Que dans ma tête tout un monde
Défile tel que je le vis
Ses images sous mes paupières
Font comme au fond d'un puits les pierres
Dilatant l'iris noir de l'eau
C'est tout le passé qui s'émiette
Un souvenir sur l'autre empiète
Et les soleils sur les sanglots
O pluie O poussière impalpable
Existence couleur de sable
Brouillard des respirations
Quel choix préside à mon vertige
Je tombe et fuis dans ce prodige
Ma propre accélération
Louis Aragon, Le Roman Inachevé Il n'aurait fallu![]() Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne
Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l'immense été
Des choses humaines
Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie
Un grand collier d'air
Rien qu'un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins une rosée
Contre mon épaule
Un front qui s'appuie
A moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers
Un tendre jardin
Dans l'herbe ou soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l'ombre douce
Louis Aragon, Le Roman Inachevé
18 October Le Jeu des Chaises Musicales
Connaissez-vous le jeu des Chaises Musicales ? Le maître du jeu installe en rond un certain nombre de chaises, inférieur d’une unité au nombre de participants, puis fait jouer un morceau de musique. Lorsque bon lui semble, il arrête cette musique, et les participants doivent s’asseoir le plus rapidement possible sur une chaise. Il n’est pas possible de prendre place à deux sur une chaise, de sorte qu’une personne reste debout. Elle quitte alors le jeu, et l'on retire une chaise pour le tour suivant. La musique repart de plus belle. Le jeu se poursuit jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une chaise… pour deux ...
Nous évoluons dans un vaste jeu de chaises musicales. Nous sommes tous dans une quête permanente d’un bien matériel, d’un travail, d’un amour… et quel que soit le domaine, l’offre est toujours plus réduite que la demande. Alors dans cette poursuite inégale, il en reste toujours parmi nous qui restent debout à chaque tour, qui ne trouveront pas le bien convoité, l’emploi désiré, l’amour attendu… et plus nous sommes nombreux, plus les inégalités sont évidentes et cruelles, plus le jeu se resserre, et plus il y a de monde qui reste debout, faute d’avoir trouvé la chaise pour s’asseoir… Certains seront un jour suffisamment rapides, ou n’hésiteront pas à tricher ou bafouer les règles du jeu pour obtenir leur chaise. Ils sauront alors saisir ce qu’ils appelleront une opportunité... La société dans laquelle nous vivons, mercantile, égocentrique, tournée non vers l’ouverture à l’autre, mais vers la satisfaction de soi, crée un environnement de perpétuelle frustration. Frustration de ne pouvoir obtenir ce que l’on convoite, de ne pouvoir atteindre le but fixé, de ne pas trouver la personne avec laquelle partager sa vie. Car oui, même l’amour est assimilable à une denrée, puisqu’il devient possible de choisir les individus selon des profils précis et pré établis. Qui ne correspond pas au profil, n’est pas aimable… Même les rencontres ne sont plus naturelles… De la même manière que l’on choisit un bien corporel selon un certain nombre de critères, il devient possible de dresser un portrait technique de la personne idéale à nos yeux. D’où les désillusions qui s’en suivent, et à nouveau les frustrations… Entrer à nouveau dans le jeu… s’asseoir, ou rester debout ?... Les temps ne sont plus au hasard, mais au choix. Nous sommes trop occupés à trouver notre chaise pour prendre encore le temps de regarder l’Autre, de l’apprécier, d’apprendre à le connaître… et si pendant ce temps là, nous laissions passer un ou deux tours dans le jeu des chaises musicales ?... Nous sommes entrés dans l’ère du Tout-Consommable, Du Tout-Tout-De-Suite et du Chacun-Pour-Soi . Et que se passera-t-il si la musique s’arrête... pour de bon ... ? N.
Aimer, c'est trouver sa richesse hors de soi...L´amour est-il égoïste ? " Tout amour est de quelque chose que l'on n'a pas en soi. Aimer, c'est trouver sa richesse hors de soi, je dis sa richesse intime, non sa parure ; et comme c'est de soi qu'on aime, ce n'est pas soi qu'on peut aimer. On aime l'image de soi que se font les autres, en ce sens que cette image, si elle est aimable, rend la société agréable et sûre. Mais cette image n'est point moi ; aucun objet, aucune chose n'est moi. Je, c'est le sujet, ce n'est pas l'attribut. Là-dessus aucune parure ne tient. Ce que je fais, cela seul est de moi ; mais en moi il n'en reste rien ; compter sur l'habitude et sur le talent c'est compter sur les autres ; il ne reste en moi que le courage ; mais encore faut-il le faire et le porter ; dès qu'il est objet, dès qu'on voudrait l'aimer, il n'est plus. Si le souvenir console un peu, il est une charge aussi, s'il est beau. J'ai pensé souvent à ce musicien qui, après quelques oeuvres de grande beauté, ne trouva plus rien de bon ; sans doute mit-il tout son génie à se condamner ; il mourut fou. Peut-être est-il sage de prendre un peu de vanité, mais sans s'y donner, comme on prend le soleil à sa porte. "
ALAIN 17 October Une amitié extraordinaire
Citer Une amitié extraordinaire Pour cela, vous êtes uniquesTous trois frères et sœurs, et pourtant si absolument uniques, unis par les gènes, mais si résolument soi… Je t’aime, Toi, Camille, ma grande fille, mon aînée, toi qui a fait de moi une mère pour la première fois. Il n’est pas de plus beau cadeau que celui-là. J’ai su très tôt que tu portais une différence, et qu’avec elle, tu devrais apprendre à vivre le mieux possible, dans un univers standardisé, comme j’ai du apprendre à le faire avant toi. Tu n’entreras jamais dans l’un de ces moules construits par les hommes pour enfermer d’autres hommes. Camille, ma grande fille, tu es fontaine d’empathie, de justice, de gentillesse, de partage. Pour cela, tu es unique.
Je t’aime, Toi, Mathis, mon fils unique. Unique, parce que tu es mon seul fils. Unique, parce que tu me soutiens tous les jours, dans la joie comme dans la peine, dans le bonheur comme dans les difficultés. Tu lis en moi à livre ouvert, et je ne peux te mentir, même quand parfois, il le faudrait pour te mettre à l’abri d’évènements trop lourds pour un petit garçon. Alors tu t’improvises gardien de mes émotions, tu te qualifies toi-même « d’homme de ma vie »… Je te dis aujourd’hui qu’aucune femme ne t’aimera plus que moi. Pour cela, tu es unique.
Je t’aime, Toi, Sacha, ma benjamine, toi qui es mon bébé d’amour, mon petit cadeau du ciel. La troisième pierre d’un édifice qui ne devait en compter que deux… quelle joie ce fut pour moi de savoir qu’il y aurait encore une naissance à la maison, encore une vie à accueillir… Vive comme la flamme, toujours gaie, rayon de soleil qui illumine tous ceux qui te connaissent… Ta soif d’indépendance, ton imagination débordante, la vivacité de ton esprit, ta joie de vivre permanente te rendent aussi savoureuse que la plus douce des friandises. Pour cela, tu es unique.
Il est une chose que vous faîtes si bien tous les trois : Vous dispensez autour de vous l’Amour en abondance, un Amour sans condition, par delà les préjugés, les jugements de valeur, ou les jugements sans valeur… et votre amour a pour moi le goût de l’absolu. Jamais vous ne vous lassez de me rappeler cet amour que vous offrez sans mesure, sans calcul. Vous le donnez en entier, inconscients des formules mathématiques que les adultes appliquent même à leurs sentiments, pour ne pas en donner trop peu, et surtout, ne pas en donner trop… Pour cela, vous êtes uniques.
L'Eau et l'Encre" Regarde comme cette encre est belle, dit le vieux peintre. Tu comprends maintenant pourquoi il me fallait de l'eau claire ? L'eau, c'est la clarté du jour et le blanc du papier. Le noir, c'est le velours de la nuit et l'encre du pinceau. Si tu sais faire ton encre, tu n'auras plus jamais peur des cauchemars..."
F. PLACE, Le Vieux Fou de Dessin, 1997 7 October Faire de chaque jour une petite vie aussi complète que possibleFaire de chaque jour une petite vie aussi complète que possible
Ne te retourne pas sur les empreintes que tu as laissées derrière toi, car tu ne peux les effacer. Apprends à supporter la douleur de l’échec, à défaut de l’accepter. Avance en regardant toujours plus loin devant, et en faisant de ton mieux pour ne faire de mal à personne. Si l’on te blesse, ne reste pas dans l’indignation, mais tente de trouver le chemin de la tolérance, à défaut d’atteindre celui du pardon. Profite de chaque minute, chaque seconde, comme s’il s’agissait des dernières. Vis-les pleinement. Savoure chaque moment passé avec ta famille, avec un ami, un inconnu, chaque échange, chaque pensée. Apporte humblement ta contribution : parle, mais surtout, apprends à écouter. N’apporte conseil que si on te le demande. Mais prodigue beaucoup d’empathie et d’attention. Reste modeste, et n’oublie pas que chacun ne possède pas les mêmes atouts que toi. Protège toi, aies de la considération pour toi-même, garde en toi suffisamment de confiance. Apprends à t’aimer : ainsi pourras-tu aussi donner de l’amour autour de toi, et en recevoir. Emerveille-toi devant la nature. Prends le temps d’écouter le chant d’un oiseau, de sentir une fleur, de regarder l’océan, d’apprécier la caresse du vent sur ton visage, la chaleur du soleil sur ton corps, de laisser glisser tes doigts sur l’écorce d’un arbre comme sur la peau de l’être aimé. La clepsydre se vide impitoyablement : ne gaspille pas le temps en inertie ou en éparpillements stériles. Et surtout, prends conscience et remercie tous les jours pour ce miracle : ton existence 3 October Mère et Fille (1) - A toi, CamilleA Camille, qui a fait de moi une mère ce lundi 30 novembre 1998, donna à ma vie un sens que je n'aurais jamais imaginé. Ma petite fille, avec ta différence, qui te distingue de toute autre... toi mon unique, mon soleil, ma semblable...
" Voir son premier enfant, c'est vivre un moment unique. Les hommes ont d'autres sommets à gravir, mais il n'est pas de miracle qui puisse se comparer à celui-là. Il se produit sans cesse, depuis toujours, dans des chambres qui sentent le renfermé, dans les palais, dans les grottes, dans le désert. Je vis ce petit être emmitouflé... et je sus que ce n'était pas moi qui l'avais créée. Elle existait à part entière. Il lui faudrait vivre sa propre vie, accomplir sa propre destinée ; je n'étais pour elle qu'un lieu de passage vers la terre. Mon travail serait de l'amener à l'âge adulte et de lui faire prendre son départ."
Katherine TREVELYAN
"Alors, quelqu'un la mit dans mes bras. Elle me regarda. Elle cessa de pleurer. Son regard me transperça. Sa douceur, son intensité venaient de forger un lien entre nous."
Shirley MacLaine
"Il y a tant de choses que je peux lui apprendre et que je peux découvrir avec elle. Bien sûr, il peut arriver que l'on n'y parvienne pas, mais il ne faut jamais s'avouer vaincu. Je lui apprendrai à aimer très fort, à rire beaucoup des choses les plus simples, et à avoir beaucoup de sérieux. Je lui apprendrai à aimer la vie ; je sais que j'y arriverai. "
Maya ANGELOU
"Ensuite, le bébé naît et votre vie change plus que vous ne l'auriez imaginé. Vous découvrez qu'il vous a soudain poussé des antennes invisibles qui frémissent à chaque variation de la température, à chacune des moindres expressions de votre fille. Personne ne vous a dit que vous avez changé pour de bon, que vous souffrirez à chaque douleur, à chaque perte, à chaque refus qu'elle connaîtra, à chaque méchanceté qu'on lui fera, tout au long de sa vie.
Annelou DUPUIS |
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