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24 January Le jour où la vie bascule
Il y a des jours où la vie bascule. Le monde vacille sur les bases que l’on croyait solides, sans que l’on ait eu ni le temps ni l’occasion de s’y préparer, au moment où l’on pense avoir trouvé enfin l’issue que l’on cherchait. Il ne s’est pourtant rien passé de particulier la veille… Quoi que… la veille, peut être pas, mais depuis longtemps… Vous avez amassé sur le compte épargne « douleurs » tellement de peines et de désolation, qu’il n’est plus possible d’en ajouter davantage. Il regorge, il dégueule. Vous aussi, d’ailleurs. Le corps rejette ce que l’esprit de ne peut plus accepter. C’est comme ça. C’est physique. C’est imparable. Ce jour là arriva un matin d’avril 2006, où je ne pus quitter mon lit. Une main me serrait la gorge, m’étouffait, me maintenait la tête dans l’oreiller tiède. Le souffle court, grelotant de froid, je m’enfonçais entre les draps, seul lieu qui pouvait encore me sembler bienveillant, chaud, et misérablement accueillant, linceul d’une partie de vie disparue, d’un échec. Et puis, personne ne viendrait me chercher là. Sauf… les trois enfants, chair de ma chair, qui s’étaient réveillés depuis déjà plus d’une heure, et s’étonnaient de ne pas me voir leur préparer le petit déjeuner dans la cuisine. L’aînée allait venir… Je le savais…Me lever, il fallait que je me lève… Ce n’était pas possible. Pas pour l’instant. Le malaise était là, insidieux, insistant. J’avais mal partout et nulle part, pleurant dans les tréfonds de mon lit. Ne voir personne… Cependant, la petite arrivait déjà, inquiète. Je lui répondis que j’étais enrhumée, et lui demandai de servir les céréales du matin à ma place. Je l’entendis repartir sur la pointe des pieds, et donner des instructions au cadet et à la benjamine afin qu’ils ne fassent pas de bruit. C’est étonnant cette capacité d’adaptation qu’ont les enfants, et cette manière qui n’appartient qu’à eux de faire semblant de croire en ce que leur disent les adultes, alors même qu’ils savent pertinemment que l’on est entrain de leur mentir, fut-ce pour les épargner. L’avenir me dira qu’effectivement, ma fille n’avait pas été dupe ce matin là. Depuis déjà quelques temps, mon petit trio avait observé que maman avait perdu le rayonnement de son sourire, que ses yeux s’étaient éteints jour après jour, que quelque chose avait changé. Quelque chose d’important. Quelque chose de grave. Un manque d’envie de tout, une sensation d’étouffement permanente, un manque de confiance immense et écrasant, le sentiment de me trouver au pied d’une montagne impossible à gravir, allaient s’installer durablement en moi, comme un parasite qui s’implante là, bien décidé à se repaître de ma substance, jusqu’à ce que me quitte l’envie de vivre.
N. – novembre 2007 22 January BreizhA toi, qui te reconnaitras, petit hommage à " ton pays " par la voix de Tri Yann, "Découverte ou Ignorance" 21 January On vous ditOn vous dit qu'il faut prendre l'air,
Il faut en prendre et en laisser.
Prenez l'air sans en avoir l'air,
Prenez l'air désintéressé.
Prenez l'air, cléments, comme Ader,
Sans vous laisser influencer.
Si ce n'est les courants d'air,
Qui sont à prendre ou à laisser.
Jean-Luc MOREAU, Les éléments des poètes
19 January Don't you forget about me- Mum's sick. She says she can't get up.
I know my brother's getting hungry. I must go to the village to ask for some feed. Would you help me? - Sure, Corney, I'll help you. - I'll always be good when you with me. - You're my friend, Corney. - Are you always gonna be there when I grow up? - Cross my heart. Don't you forget about me? Don't you forget about me? We were soft and young In a world of innocence Don't you forget about me? Don't you forget our dreams? Now you've gone away Only emptiness remains Maman est malade. Elle dit qu'elle ne peut pas se lever Je sais que mon frère commence à avoir faim, Je dois aller au village pour trouver de la nourriture, Voudrais-tu m'aider ? -Bien sur Corney, je t'aiderai -Je me sentirai toujours bien tant que tu seras avec moi -Tu es mon ami Corney -Seras tu toujours à mes côtés quand je grandirai ? - Je te le jure, Corney N'oublieras tu rien de moi ? N'oublieras tu rien de moi ? Nous étions naïfs et jeunes ? Dans un monde entouré d'innocence ? N'oublies tu rien de moi ? N'oublies tu rien de nos rêves ? Maintenant tu es loin .. Seule, il ne me reste que le vide .. Don't you forget about me, ERA
18 January Le Chat8 January Les Fleurs du silence
L’obscure
Je te cherche dans mes souvenirs, et pourtant, tu es là, face à moi, me regardant écrire. Je voudrais tant pouvoir te dire ce que je ressens dans cette obscurité. Te dire que le temps n’est rien, tu en es le maître. Te chuchoter : N’abandonne pas, même si les choses n’ont plus de sens. Qui peut dire qu’elles n’en ont jamais eu ? Comme cette vie qui te reste et cependant s’en va. Je sais qu’au bout de ta lassitude, c’est elle que tu désires. Laisse-la venir, comme les femmes, les objets, l’amitié. Qu’elle puisse se loger dans ce vide ressenti d’une mort qui t’est indifférente, dernière illusion, ultime piège. Captive-la. Capture-la. Qui es-tu. Inconnue, étrangère Présence, absence dans le même instant Sous quels traits t’incarnes-tu Ceux d’une blonde aux longs cheveux Au regard dur et froid Dans une brune Aux lèvres rouges et au corps alangui Sous la rousse chevelure d’une madone Au visage parfait Ne laissant place qu’au marbre Et à la terre Qui sur nous se refermera As-tu jamais rencontré femme plus séduisante, plus vertigineuse que la mort ? Capable de t’offrir une extase semblable. Te permettant de te rejoindre dans l’infini. Se laissant regarder en face, sans fard, elle est belle et te laisse immortel. (…) Au travers de ce songe, je comprends ce que je veux te dire. La vie qui te reste est cette dixième femme, même si tu n’as plus le choix des autres, même si elle ne te laisse pas revenir en arrière. Elle est celle qui vient. Comme avec les précédentes, peut-être plus encore, il faudra tricher, mentir, tromper. Tu pourras m’appeler, me donner des missions, m’envoyer en ambassadrice, négocier le cessez-le-feu, me faire porter des messages de conciliation, des accords de paix… Elle sera sans doute la plus redoutable des maîtresses, prenant tout, ne donnant rien, insensible aux flatteries. Déesse froide, implacable, portant sur elle le voile du temps, elle te tient. Mais, tu sais, le temps n’est rien.
Nathalie RHEIMS, Les Fleurs du Silence, Editions Flammarion 7 January L'Ombre du Fou
L’ombre du Fou Tu es si proche, et si loin à la fois… Si proche est ton corps, et si loin ton esprit… Un esprit qui s’envole et s’éloigne dans un courant d’air vers de lointaines pensées… inaccessible… Comment te retenir ? Comment te rattacher à cette vie que tu fuis, toi, homme sans visage ? Aimer, c’est accepter la différence. La tienne ne se voit pas, elle se rencontre, elle s’assimile, elle se comprend.
L'adorerL’adorer Avant que l’infidèle à la beauté assassine, ne me morde la main, ne me couronne d’épines, désadorer l’adorer. Avant que ses baisers ne deviennent couteaux, que ses bouquets de fleurs ne me fassent la peau, désadorer l’adorer, mais adorer ce chagrin si haut que je porte, beau comme un drapeau, en vainqueur, dont on admire le sort, courageux qui sait aimer trop fort, car comme les dieux qu’on adore adorer, j’adorais l’adorer. J’ai été si vivant, chaque minute, chaque seconde, mais avant d’abhorrer ses humeurs vagabondes, désadorer l’adorer. Avant que l’infidèle à nouveau ne sévisse, qu’inéluctablement le destin s’accomplisse, désadorer l’adorer, mais arborer ce chagrin si haut, que je porte, beau comme un drapeau en vainqueur, dont on admire le sort, courageux, qui sait aimer trop fort, car comme les dieux qu’on adore adorer, j’adorais l’adorer. Désadorer l’adorer….
Etienne DAHO – L’invitation – Novembre 2007 |
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